Patrons et travailleurs immigrés haïtiens

code travLe Code du Travail en Guyane

Le Code du travail est explicite, nul ne peut engager de « travailleurs au noir ». Le gouvernement rappelle cette réglementation et vise particulièrement la situation des étrangers dans les communes :
 » En vertu de l’article L 831-2 du Code du travail, il est interdit de conserver à son service un étranger non muni d’une Carte de Travail et d’un titre de séjours ». (F. G. 3-84
La principale difficulté est donc de trouver un « patron  » qui va faire les démarches pour régulariser la situation de l’immigrant et le déclarer à la Sécurité Sociale. Plusieurs situations se présentent : l’employeur accepte et l’immigrant devient légal, il refuse et l’immigrant doit se cacher pour travailler ou encore le patron dit qu’il fera les démarches afin de garder son employé, mais ne les fait jamais ou encore, les immigrants font pression sur le patron et peuvent même aller jusqu’à le dénoncer à la justice.

Rapport de Force et Quête de Papier

Patrons et travailleurs immigrés haïtiens jouent un véritable bras de fer pour tenter d’obtenir l’avantage sur l’autre.

L’Autorisation provisoire de séjours

Un responsable d’une association haïtienne explique l’importance de l’Autorisation provisoire de séjour pour trouver du travail régularisé.
*Malheureusement, il y a toujours des problèmes au niveau du patronat. On ne peut pas vraiment parler de patronat, c’est plutôt de l’artisanat, il y a tellement de petits artisans patrons, mais pour plusieurs raisons les gens ne sont pas déclarés et ça c’est un autre problème.
*Les gens qui ont réussi à obtenir une A.P.S.* (Autorisation provisoire de séjour) en attendant de réunir toutes les pièces pour leur dossier ne peuvent pas le plus souvent réunir ces pièces surtout parce qu’il leur manque le contrat de travail pour la déclaration à la Sécurité sociale.
*Nous avons pu obtenir une dérogation qui fut acceptée dans le sens que sur la proposition de la Préfecture à la Sécurité sociale, les intéressés pouvaient se déclarer eux-mêmes. Mais ceci est encore un piège, car si les patrons savent que les individus peuvent se déclarer eux-mêmes, ils n’accepteront plus de déclarer leurs employés d’eux-mêmes et ils demanderont de faire leurs propres démarches, car ils en ont la possibilité. D’autant plus que ceci leur enlève des charges. C’était un piège, mais cela facilite l’obtention des pièces A.P.S.: un statut temporaire, un document veut dire que l’on étudie votre ces en attendant que vous produisiez les pièces que l’on vous demande de renouveler pour trois mois.
*Une fois le délai passé les choses se gâtent, car au bout de trois prolongations on vous enlève l’A.P.S. et on vous envoie une lettre vous invitant à quitter le département. C’est la loi… Ce n’est pas une expulsion, mais cela pourrait le devenir, car si ceux qui sont invités à quitter le département ne le font pas, il peut y avoir des mesures d’expulsion.
*Si vous sortez du département pour aller au Surinam et entrez à nouveau en Guyane vous devenez clandestin et vous êtes passible d’une amende d’emprisonnement (3-6 mois) et ensuite on vous met sur un avion. Il faut revenir dans des conditions de légalité pour ne pas avoir de problèmes sinon ce serait trop facile. Il y a la loi, mais il y a aussi l’esprit de la loi et la tolérance, ça dépend du gouvernement en place.

Dénoncer pour régulariser

*Les patrons sont de mauvaise foi, car ils disent toujours que c’est difficile de nous faire avoir les papiers. Ce n’est pas vrai, car il leur suffit seulement d’avoir un numéro de patron et de s’enregistrer. C’est une simple formalité! Et ça ne coûte rien.
*Ici dans ce pays, il faut être « actionnaire ». Prenez-moi par exemple pour avoir mes papiers. Je suis arrivé ici en 82 et j’ai travaillé pour quelqu’un qui avait besoin d’un manœuvre. Je me suis présenté comme maçon même si je ne connaissais rien là-dedans. J’ai été embauché par un jeune Guyanais avec qui je formais une équipe de travail. A chaque fois que je lui parlais de papier, il ne voulait rien savoir de ça. Pourtant, c’était un bon copain, or chaque matin il passait me prendre sur sa mobylette.
*Un bon matin je décide que je ne travaille pas s’il ne me donne pas mes papiers. J’ai fait quelques concessions pour quelques jours, mais j’avais peur, car à cette époque l’on ramassait beaucoup de Haïtiens pour les expulser. Il ne me donne toujours pas mes papiers, alors je lui ai dit que je pourrais lui faire des problèmes, car il embauchait un clandestin. Il ne croit pas et me demande d’arrêter de faire des blagues.
*Un après-midi que l’on travaillait chez une femme blanche, je demande à téléphoner. J’appelle la police et je leur donne l’adresse en leur disant qu’ici il y a beaucoup d’illégaux qui y travaillent. Quand l’immigration est arrivée, je leur ai raconté que je travaillais depuis 1 année pour ce gars-là et qu’il ne veut pas me déclarer. Le patron proteste, car en réalité ça ne faisait que 10 jours! Les agents d’immigration lui offrent soit de me déclarer ou de payer une amende de 3,000F. C’est comme ça que j’ai eu mes papiers!
*J’ai eu quelques problèmes pour le lendemain à la Préfecture, on me demandait de payer 3,460F comme caution et je n’avais pas un sou en poche. C’est là que le patron va m’avoir, car je lui demande 2,000F. Il refuse évidemment, mais il consent à me payer mes dix jours de travail. Après, il m’a foutu à la porte. Il m’a repris après trois jours, mais il refusait de m’avancer l’argent. La préfecture m’avait donné un délai pour trouver l’argent, mais comme il ne me payait que 90F par jour, il aurait fallu des mois pour amasser 3,000F. J’ai donc quitté l’emploi de moi-même.

Payer une caution et trouver le bon « langage » avec l’administration

*C’est lorsque j’ai trouvé mon premier petit boulot que j’aurais dû faire les démarches pour mes papiers, mais je n’avais pas assez d’argent pour mon billet de retour. Avant tu pouvais, pour ta caution, acheter pour compléter ton retour, un billet Cayenne-Paramaribo, mais, maintenant, il faut que tu achètes un billet Air France de Cayenne à Port-au-Prince directement.
*À cette époque, on renvoyait beaucoup d’Haïtiens chez eux. J’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé voir mon patron pour qu’il me donne mes papiers nécessaires pour régulariser ma situation. Comme je lui donnais beaucoup de rendement et qu’il estimait mon travail, il m’a donné 3, 465F pour acheter mon billet de retour. Là j’ai eu un problème, car la fille à la réception m’a dit : « Négatif, négatif » parce que j’étais rentré clandestinement en 1982. Elle me recommande de contacter quelqu’un à la Préfecture et me dit qu’ils pourront peut-être arranger ça. Là je me suis dit qu’il faut absolument que je trouve un « langage » pour me présenter à la Préfecture. J’explique donc au fonctionnaire de la Préfecture que je ne comprends pas ce qui se passe, car je suis allé à l’immigration pour payer la caution et qu’ils m’ont dit de venir ici, etc., etc. il me dit que lui non plus ne comprend pas. Je lui demande donc de me donner un papier pour prouver que je suis venu le rencontrer. Finalement, il m’a donné un papier de permis de séjour. J’étais content, car ma tactique avait fonctionné, car ayant le permis de séjour je pouvais régler mes autres affaires à l’immigration.

L’inspection du travail

*C’est l’inspection du travail qui est arrivée sur le chantier parce qu’il y avait des gens sens papier. Le patron a reçu deux amendes pour des gens sans papiers et une amende pour avoir construit illégalement une chambre derrière la maison. Là le patron m’a dit que je devais quitter le travail, car il ne pouvait rien faire pour moi. Cependant, il m’a dit qu’il pourrait se débrouiller pour me faire avoir une carte de travail pour un abattis, mais pas dans la construction. L’abattis ne m’intéressait pas.

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