4 Pressions économiques en Haïti

Les causes économiques de l’émigration haïtienne sont connues : croissance faible, chômage élevé et inflation, pauvreté, absence de services en santé et en éducation, déforestation, pratiques agricoles inefficaces, chômage, conditions de vie misérables et plus.

Appauvrissement général

  • En Haïti, même si tu travailles beaucoup, si tu mets beaucoup d’efforts, tu finis par te rendre compte que tu ne réalises rien.
  • Donc tu penses qu’en allant ailleurs tes efforts seront un peu plus récompensés alors tu fais flèche de tout bois, tu as un morceau de terre et tu le vends, tu empruntes et tu prends un coup de poignard, tu empruntes à ta famille. Bref, tu fais tout ce que tu peux pour partir.
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Système foncier et héritage

Ce témoignage explique comment un héritier peut-être dépossédé de son héritage par des autorités et comment la transmission direct des terres appauvris les paysans les acculant à l’exode.

Héritage

Kennedy, dictature, jalousie et mauvais sorts

Cet autre témoignage démontre la complexité des facteurs d’émigration. L’entreprise de ce petit entrepreneur tailleur a été dévastée par la concurrence des dons de vêtements en provenance des États-Unis , les « KENNEDY », donnés par l’Alliance pour le Progrès instituée par le Président américain. Coincée par la dictature haïtienne et le mauvais sort, l’émigration fut sa seule porte de sortie.
  • J’avais une boutique de tailleur en Haïti, à Port-au-Prince. J’avais quatre machines à coudre et quatre ouvriers qui cousaient avec moi. Ceux qui travaillaient à temps plein, le samedi je les payais 35 $ U.S. Ça commençait à très bien fonctionner jusqu’en 79′. A la fin de 79′, j’ai eu des problèmes.
  • La cause de mes problèmes ce sont les « Kennedy » qui se sont mis à rentrer en grand nombre. Tous les pauvres pouvaient descendre en ville et pour 1 $ se procurer un beau pantalon. Avec 2 $, ils pouvaient avoir une chemise et un pantalon. Les gens qui faisaient faire des vêtements chez le tailleur étaient surtout des gens qui travaillaient pour le gouvernement. Ceux qui avaient de l’argent et qui devaient toujours être bien habillés. Notre clientèle se situait entre le peuple et la bourgeoisie. C’est dans la catégorie mitoyenne qu’on devait recruter notre clientèle. Dès l’arrivée des « Kennedy » j’ai perdu le peuple et c’était eux qui étaient le plus grand nombre.
  • Les bourgeois eux…j’en connaissais un qui venait me voir et à qui je cousais 7-8 pantalons. Je lui faisais ça 5 $ la pièce. Il fournissait les tissus. Un jour je me suis aperçu que son tissu valait 35 $ par pantalon. J’ai alors décidé que je ne ferais plus de couture pour lui. (N.B. La valeur du tissu détermine la valeur du travail pour le coudre !) Finalement je me suis fait payer ce qu’il me devait. Ce gars-là m’avait averti de ne pas venir en Guyane. Les affaires allaient de plus en plus mal et en 81’ je n’avais plus que deux ouvriers, en 82′ il n’y en avait plus qu’un seul. J’avais aussi un enfant qui était malade et j’ai été obligé de vendre deux machines. Dans ma maison j’avais quatre chambres, j’ai déménagé dans l’une et j’ai loué les trois autres. Mes affaires étaient à la baisse, car pendant huit mois j’avais dépensé mon argent pour mon enfant malade.
J’avais des problèmes !
  • L’argent qu’il me restait j’ai commencé à faire le commerce du charbon avec lui. Ça marchait un peu et je pouvais payer l’école pour les enfants, etc. Mais entre la province et Port-au-Prince, il y a des postes macoutes qui te demandent de payer des taxes sur tes sacs de charbon, il y a aussi le transport, le chargement, etc.
Pleins de problèmes et plein d’argent à payer !
  • Entre-temps, j’avais acheté un peu de matériaux de construction à crédit, car je n’avais pas d’argent. J’arrivais à peine à payer à gagner 100 $ par semaine. J’ai eu une aubaine pour les matériaux.
Avec, la promulgation des droits de l’homme par Jean-Claude j’ai commencé à dire des vérités, mais les gens ne m’aimaient pas pour ça. Il a commencé à y avoir des jalousies, de la haine… Tout ça a mis mon commerce de charbon dans toutes sortes de problèmes, tant au niveau du transport que de la vente. Il y a eu un mandat aussi contre moi à cause que le gars des matériaux avait peur de ne pas se faire payer et j’ai été foutu en prison pour 4 jours, car il a dit que je les avais volés. Je les avais achetés et je ne les avais pas volés ! Pendant quatre jours ma femme a fait des démarches pour « escompter » l’argent dans les mains de tout le monde.
J’ai été obligé de vendre mon charbon à perte , car j’ai eu des problèmes pour la vente. Il ne me restait presque plus d’argent, j’ai payé mes dettes, etc…. Je n’arrivais pas à payer ma maison et j’ai été obligé de la vendre avec le terrain pour 7 500 $. Il m’a avancé 3 000 $ sur la maison, ça c’était en novembre 84′. J’ai payé 300 $ pour l’école des enfants, car j’en avais trois à l’école privée et deux à l’école publique. J’avais un autre enfant qui n’allait pas encore à l’école. J’avais six enfants… C’est alors que j’ai pris la décision de partir pour l’Amérique.
Par la suite mes affaires ont commencé à baisser et c’est là que j’ai compris que l’on me voulait du mal. J’ai par la suite perdu un enfant, ils m’ont tué un enfant. J’étais encore plus convaincu que l’on me voulait du mal. Je me suis informé à un houngan et celui-ci m’a confirmé que le mal provenait d’un membre de me propre famille.
A ce moment il me restait encore 800 $. J’avais prêté 300 $ à quelqu’un qui voulait partir pour la Guyane et il m’a remis 600 $ en très peu de temps. C’est là que je me suis dit que je devais être bien en Guyane. J’ai donc quitté mes deux maisons et j’ai laissé une sœur là pour qu’elle s’occupe de mes affaires. J’envoie encore régulièrement de l’argent en Haïti à ma sœur pour que mes maisons soient entretenues.
J’ai aussi laissé ma femme là et je suis parti pour la Guyane, car c’était là que c’était le plus facile.
Je suis arrivé à Rochambeau avec 25 $ dans mes poches.

Une réflexion sur “4 Pressions économiques en Haïti

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