Le Choc du Surinam et Madame Commando

drapeau surinam eau
Le passage par le Surinam est un véritable « choc culturel » : la présence des forces militaires et de la dictature rappelle trop Haïti, l’écart culturel et l’absence d’influence française empêchent de se familiariser avec le milieu, la hiérarchie sociale et le pouvoir de la communauté originaire de l’Inde perçue comme raciste s’ajoutent au sentiment d’isolement et d’insécurité créé par la forêt.
*Toi tu penses que tu arrives à une ville qui s’appelle Surinam et que tu prends le camion pour arriver à Cayenne. En arrivant à l’aéroport du Surinam, tu vois que ce n’est pas cela.
*Lorsque je suis arrivé au Surinam, j’ai eu peur, car il y avait beaucoup de militaires armés.
*Je suis débarqué à Paramaribo et je suis demeuré là trois mois. Je ne me plaisais pas au Surinam surtout à cause de la mentalité qui est différente. Je me sens beaucoup plus à l’aise de ce côté-là, en Guyane à cause de l’influence française. Je n’aimais pas non plus le régime dictatorial du Surinam, il empêche de dire ce que l’on pense comme en Haïti. Je n’aimais pas non plus le climat raciste qui y régnait, surtout de la part des Coolie. J’ai donc décidé de partir pour la Guyane avec 100 F et 40 florins en poche.
*Ici, n’importe quelle ville que tu vois, tu as l’impression d’être dans un petit village ou une petite commune d’Haïti.
paramaribo
*En plus, le petit canot prenait l’eau, on a vraiment eu peur sur l’eau…

Mme Commando

Au centre du premier réseau constitué au Surinam se trouve le personnage surnommé Mme Commando qui possède un Hôtel bon marché où vont les Haïtiens en attendant de poursuivre leur voyage vers la Guyane. Au « choc culturel » du Surinam, s’ajoutent les risques de fraude, les immigrants haïtiens étant des proies faciles pour les escrocs.
*Madame Commando » n’est pas haïtienne, peut-être surinamienne. Ce sont les Haïtiens qui font qu’elle est devenue riche. Elle possède un hôtel et un restaurant. Elle te demande constamment de l’argent et lorsqu’elle voit que ton argent est terminé, elle te demande de bouger. Depuis Haïti, je connaissais l’existence de Madame Commando. C’est l’agence avec qui j’ai fait affaire qui m’a dit qu’en arrivant, il fallait que je demande la maison de Madame Commando.
Qu’elle téléphonera à ses chauffeurs à Cayenne pour qu’ils viennent nous chercher là. (rires) C’est l’agence qui nous a dit ça.
*Il me demande $20 pour aller chez Mme Commando mais au milieu du chemin il s’arrête et me demande encore $50. Là tu vois que le type ne plaisante pas et qu’il pourrait te dévaliser au complet. Ce sont les Surinamiens qui font ça, mais tu peux trouver des Haïtiens qui font le taxi aussi. Après négociation, on s’entend pour $70 pour les trois passagers.
*J’ai perdu espoir quand je suis débarqué à Paramaribo parce que j’ai vu que ce n’était pas bon.
J’ai vu trop d’escroqueries en arrivant là- bas. Les taxis haïtiens qui prennent les gens qui rentrent, qui les amènent à l’hôtel pour $40-50. Ils les amènent à l’hôtel de Mme Commando.
Et pour ne rien vous cacher, moi et un de mes camarades on a pris des coups. Quand je suis arrivé à l’aéroport, j’ai passé par l’immigration et j’ai montré combien d’argent j’avais dans mes poches. Quand je suis sorti, aucun taxi n’est venu pour me faire des escroqueries. Ils n’ont pas osé à cause de mon comportement. J’étais avec mon copain, on avait on certain lien de parenté, et quand j’ai vu qu’un taxi voulait le prendre je l’ai interpellé pour qu’il ne monte pas. Au même moment un gros homme m’a foutu on coup de poing sur la tête. Mais il n’est pas monté!

Elle pouvait bien se parfumer

*Depuis l’aéroport j’ai eu des problèmes. Je n’ai même pas eu un vol direct, j’ai été obligé de transiter 6 jours à Curaçao. Là, tous les petits cars pas trop chers étalent déjà partis pour la ville. J’ai pris un taxi pour $6 et j’ai dû payer l’hôtel et le taxi chaque jour, car je ne trouvais pas de place sur un vol. L’argent que j’avais dans mes poches ( 500 F) était presque terminé. Quand je suis finalement arrivé au Surinam, j’avais $60 en poche. C’est dans l’auto de Mme Commando que j’ai embarquée et elle m’a prise mon argent pour payer le transport. Ensuite elle est allée se parfumer (rires)
Pour $60 elle pouvait bien se parfumer! (rires)
*C’était $60 pour chaque personne dans l’auto tandis que le tarif normal est de 10 florins. C’est une belle malpropreté qu’elle nous a faite là. Nous étions trois derrière et elle devant avec son chauffeur. Nous sommes arrivés au Surinam à 11 heures du soir et nous nous sommes installés à l’hôtel à 3 heures du matin. Elle nous a fait payer la nuit au plein tarif, soit $6. Nous avons payé en dollar, car elle n’accepte pas les francs.

Fraudes

Les risques de fraudes ne sont pas seulement le fait de non-Haïtiens, certains immigrants haïtiens profitent de la situation infortunée de leurs compatriotes.
*Lorsque je suis arrivé au Surinam. J’al habité chez lui (mon beau- frère) pendant 15 jours et chaque jour c’est moi qui lui apportais à manger de la ville …. Une fois que j’ai eu mes papiers. je suis retourné au Surinam pour humilier mon beau-frère qui m’avait volé.
Maintenant lui il n’est plus là, on l’a expulsé, car il était dans trop de « business »
malhonnêtes surtout en ce qui a trait à la contrebande de toile entre Saint-Laurent et le Surinam. J’ai fait ça seulement pour l’humilier et lui faire savoir que je n’étais pas un enfant. Que je savais très bien qu’il m’avait volé $100 pour une course qui ne valait que 5 florins.
Après être passé à l’hôtel où je suis débarqué la première fois et y être bien reçu, j’ai écrit en Haïti pour mettre les gens au courant des agissements de mon beau-frère. Il y a eu des échos je m’en suis rendu compte lorsque je suis allé en visite en Haïti l’année dernière. C’est après ça qu’ils ont expulsé monsieur du Surinam. Il prenait l’argent dans les mains des marchandes pour faire la contrebande de toile, mais le plus souvent pendant 8-15 jours elles ne le revoyaient pas. il était dans trop de mauvais » business« 
*Moi j’avais un beau-frère et une sœur qui étaient au Surinam, je ne suis donc pas passé par Mme Commando. On passe par là seulement si l’on ne connaît personne. Comme j’étais déjà passé par St-Martin, j’avais déjà mon passeport donc je n’ai pas eu besoin de passer par une agence. Elle m’avait déjà donné son adresse et elle lui téléphona pour lui dire que j’arrivais. Il est venu me chercher à l’aéroport, mais malgré qu’il soit venu me chercher, il a quand même fait du business avec moi (rires). Ce même si nous nous connaissions depuis Haïti.
*Mon beau-frère m’a dit que pour aller de l’aéroport jusqu’à l’hôtel c’est $40. Comme je ne connaissais pas, je lui ai donné l’argent et je me suis installé à l’hôtel, Le lendemain c’est lui qui est venu prendre l’argent dans mes poches pour payer l’hôtel. J’ai habité là pendant trois jours et après quelqu’un est venu me proposer un petit job. J’étais d’accord, car c’était dans la maçonnerie et que c’était mon métier. Après je m’aperçus que c’était sabrer qu’il voulait me faire faire. Je suis donc allé m’acheter une machette, ici on appelle ça un sabre, et une lime et j’y suis allé.
*J’ai commencé à travailler à 7 heures du matin, mais vers 9 heures n’étais pas capable de continuer, car je n’avais pas l’habitude. Chez nous c’est avec une serpette ou une houe que l’on travaille. Le sabre, il faut être presque agenouillé par terre et à chaque coup de sabre c’est un morceau de peau du revers de ma main qui partait ! J’ai appelé la dame vers 9 heures et je lui ai montré ma main. Je ne voulais pas continuer. Je me suis exprimé en anglais, car j’étais déjà passé par St- Martin. Elle m’a payé quand même.

Vendre sur la rue à Paramaribo

Peut-on trouver de l’argent au Surinam ? Vendeur de rue est difficile sans réseau personnel dans une petite ville.
*Je m’informe donc du genre de travail. Il s’agissait de vendre des ‘lotis’ qui sont une espèce de sandwich à la pâte et à la viande. Il me dit que si je peux en vendre 50 par jour. Il pourra me payer 100 florins par semaine.
J’étais content, car à l’époque (1982), 100 florins c’était beaucoup. Le premier jour je me suis aperçu que si les gens ne te connaissent pas, ils n’achètent pas de toi. Le premier jour j’en ai vendu 5. Le lendemain 1, le troisième jour 2 !
Vers midi je suis allé m’asseoir dans une grande église qui était ouverte et j’ai fait une petite prière. Je me suis dit, il n’y a rien à faire, je serai sûrement mieux à Cayenne, car si je retourne en Haïti, je serai un vagabond. J’ai pris la décision d’aller à Cayenne.
Mon beau-frère m’a déconseillé de le faire, il m’a dit qu’il valait mieux que je retourne en Haïti. Ma décision était prise, je voulais aller à Cayenne. »

Partir pour voir de la misère !

*C’est depuis l’aéroport en Haïti que j’avais entendu parler de lui. Lorsque les gens m’ont dit ça, je me suis dit que si j’avais su ça avant, je ne serais jamais parti. Finalement j’ai rencontré ce Bernard et il nous a amenés chez Mme Commando. Nous avons payé $20 chacun. Le lendemain Bernard est venu nous chercher et nous sommes arrivés à Albina.
Rendu là, il nous a fait entrer dans un bois et nous a installés dans une petite case en terre. Nous sommes arrivés à 10 heures du matin et sommes restés là jusqu’à 10 heures du soir. Il y en avait qui étaient là et qui n’avaient pas l’argent pour traverser. J’ai payé pour eux, je ne les ai jamais revus. Je considère ça comme un cadeau.
A l’époque ce n’était pas facile, car on refoulait les Haïtiens. Le moment était assez mal choisi pour vouloir traverser là-bas. Nous avons eu la chance de rencontrer à l’hôtel un autre haïtien qui nous a dit qu’il valait mieux que l’on parte, car lorsque nous n’aurons plus d’argent, on nous foutra dehors. A ce moment il sera facile pour la police de nous prendre. Il nous a offert à manger gratuitement à condition que l’on puisse payer la chambre à l’hôtel le temps que l’on voudrait sinon il nous a offert une petite cabane, très petite avec seulement quelques planches pour dormir. Nous avons accepté puisque c’était gratuit. On a passé 15 jours-là, mais c’était pire qu’une prison : Dormir sur des petites planches! Pendant ces 15 jours, on avait peur de traverser. On avait peur de l’eau et aussi peur d’être arrêté

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