16 Se loger en Guyane quand on est Haïtien.

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Louer un logement et payer les services

Les deux tiers de la population haïtienne habitait Cayenne dans ce qu’en Guyane on appelle des « Cités de fait » pour nommer joliment les « bidonvilles » où s’établissent les immigrants illégaux.
La qualité de vie dans ces habitats est abominable : n’ayant qu’un robinet collectif, manquant de W.C., infestés de moustiques, entassés les uns sur les autres dans des pièces exiguës, obligés d’endurer un voisin omniprésent, sans espace pour les enfants et établis au milieu de voie de communication poussiéreuse ou boueuse selon la saison, supportant les mauvaises odeurs, etc. (Descriptions de C. Gorgeon, 1985 ).
Les habitants haïtiens eux-mêmes énumèrent toutes ces lacunes et certaines ajoutent le sentiment de honte qu’elle ressentent quand bien habillée pour sortir en ville, elle doivent , pour épargner leurs jolies chaussures pour marcher pieds nus dans la boue jusqu’à la route.
Les immigrants qui n’ont pas de moyens financiers suffisants rencontrent des difficultés majeures pour trouver à se loger. Les nouveaux arrivants sont en général hébergés chez des amis ou des parents avant de tenter de trouver leur propre logement.
  • A Iracoubo, les maringouins me dévoraient tellement que j’étais incapable de rester là. Quand j’ai vu ça, j’ai filé vers Cayenne. ·
  • En arrivant, j’ai habité chez un copain. Je travaillais comme maçon et après deux mois, je décide de me chercher une chambre, car ce n’était pas possible d’habiter avec un copain dans le même lit. Je prends une chambre pour pouvoir mener ma petite <business> personnelle (avec les femmes). Mon boulot fonctionne et j’ai des copines. Alors là, je réfléchis au fait que ma mère a fait quelque chose pour moi lors de mon départ (quimbois).
  • Quand je suis arrivé ici, je n’avais pas d’argent. J’ai contacté un copain pour partager sa chambre. Un peu plus tard, un autre copain s’est joint à nous, mais à trois, c’était trop. C’est ainsi qu’aussitôt qu’une chambre s’est libérée, je l’ai prise pour moi. J’ai contacté le propriétaire guyanais, j’ai payé et je suis maître chez-moi. Jusqu’à maintenant je n’arrive pas à trouver un logement convenable. J’ai fait des demandes de logements comme tout le monde, mais si tu n’as pas un camarade qui a un logement et qui te le passe parce qu’il quitte le pays définitivement, tu peux passer 5 ou 6 ans sans rien trouver de convenable. Jusqu’à maintenant, j’habite dans un logement insalubre.
  • J’aurais tendance à dire que c’est parce que je suis Haïtien que même si j’ai des sous, je ne trouve pas de logement, mais ce ne serait pas juste, car ici il y a un problème de logement. Je connais un « métro» qui cherche et qui ne trouve pas non plus! C’est vrai qu’ils sont la minorité, car les <blancs> font des réservations de logement avant de partir. Toi en tant que Haïtien, si tu mets ton nom sur une liste, tu peux attendre très longtemps, car il y a des problèmes de piston. De toute façon, le principal problème c’est que l’on ne gagne pas suffisamment d’argent pour avoir accès au stock de logements d’ici.
  • Moi par exemple, je n’aurais jamais pensé qu’il y avait des maisons aussi délabrées ici (rires).

  • Je pensais arriver dans un endroit qui était mieux qu’Haïti. Je n’aurais jamais pensé que je serais obligé de couper l’herbe pour pouvoir manger et boire. Je pensais trouver un meilleur travail que ça pour vivre!
  • Payer plus cher pour un plus beau logement ça dépend de la capacité de payer et aussi de l’intérêt que l’on a pour la Guyane. Moi-même je n’ai pas d’intérêt, car je suis Haïtien. Je n’ai pas d’intérêt à moins que je ne décide de changer de cadre de vie, que je veuille m’installer ici. Dans ce cas, je pourrais louer un appartement dans un H.L.M., mais je ne bouge pas d’ici. Je ne vais pas quitter une petite maison de bois pour la même chose ailleurs pour 800F ou plus!

Le loyer et l’électricité

Les « marchands de sommeil » en Guyane sont des propriétaires de terrain sur lesquels ils construisent des habitations sommaires et qui sont loués aux plus démunis, une majorité d’immigrants haïtiens. Les terrains peuvent aussi être loués pour que les locataires y construisent leurs habitations et qu’ils sous-louent. Plusieurs Haïtiens sont ainsi « des marchands de sommeil »
  • La femme qui fait des griots est aussi propriétaire de plusieurs maisons à Vieux-Chemins. Elle loue le terrain à un Guyanais et a payé des ouvriers pour faire les maisons. C’est le mari qui a payé des ouvriers pour faire les maisons il travaille avec un patron. Il avait aussi des maisons à Suzini. Nous les locataires, on lui donne pour l’électricité à E.D.F. Il prend un peu et garde le reste. Vous lui demandez  « montrez-moi les factures », il ne les montre pas..
  • Ici je paye 90F pour une chambre insalubre en bois à cause de la loi. Quand je suis arrivé ici, on demandait 350F pour la même chambre. Et c’était des compatriotes haïtiens qui les construisaient et les louaient.
  • Toutes les chambres ici appartiennent à des Haïtiens.

  • Il n’y a pas de Guyanais qui ont des maisons de chambres ici. En 82, il n’y avait ici que deux petites maisons devant et un petit derrière, c’était tout. Il y a une dame haïtienne ici qui possède 10 chambres. Il y a un autre haïtien qui possédait 14 chambres ici. Il y a plusieurs propriétaires qui construisent et ensuite ils revendent. Il n’y a qu’un seul propriétaire de maison qui habite ici. Les autres habitent Cayenne.

Débats administratifs sur les habitats insalubres

Les prix de ces locations ont fait l’objet d’abus qui ont mené à des réglementations. Le journal France Guyane (3-5-1986) donne une idée des débats à ce sujet. Le Conseil Général voulant mettre de l’ordre dans les loyers de l’habitat insalubre adopte un arrêté préfectoral fixant les loyers de ces locaux et un conseiller municipal d’une petite ville près de Cayenne suggère de prélever une taxe sur les salaires des immigrés pour conduire une véritable politique de l’habitat. Le député de Guyane se demande, pour sa part, si cela ne risque pas de cautionner le maintien de cet habitat. La conclusion qui se dégage de ces échanges est qu’il faudrait peut-être envisager la destruction de ces logements.

Retard et revendications sur le prix des loyers

  • Au niveau des loyers, nous avons discuté avec le commissaire en délégation de la réduction du prix des loyers. Connaissant la situation, nous craignions qu’il y ait risque de répression de la part des propriétaires du genre : «  Il n’y a pas de logements et vous ne voulez pas payer, alors dehors! »
  • De plus, beaucoup de « marchands de sommeil » sont des Haïtiens et vivent de ce commerce, et ils n’ont pas de papiers. Les locataires sont aussi souvent dans cette situation. Le commissaire a été clair et les prix des loyers ont été fixés par un arrêté en coordination avec le conseil général. S’il y a des problèmes entre locataires et propriétaires et que l’Haïtien est ou non en situation régulière, il n’a pas à accepter les prix exorbitants que l’on exigeait avant. Il pouvait venir soit au commissariat, soit dans une brigade de gendarmerie pour porter plainte. Et effectivement, les gens se sont présentés, et ce, même s’ils étaient dans une situation irrégulière! Ceux-ci n’ont pas été expulsés, car il s’agissait de mesures exceptionnelles. »
  • Ayant perdu mon boulot, j’ai commencé à avoir des problèmes pour payer ma chambre. C’est déjà arrivé que je devais jusqu’à cinq mois de loyer. Le propriétaire est un type qui gueule beaucoup, mais au fond c’est un bon gars. Il menace souvent de nous mettre dehors, mais en lui versant un peu d’argent, il est toujours prêt à attendre.En fait, je suis toujours en retard sur mon loyer. Même un jour, il m’a enlevé la clef pour quelques jours. Je suis resté là pour quelques jours la porte ouverte, mais il ne m’a pas mis dehors. Au début, le loyer était de 300F, après c’était 400F.
  • Après avoir entendu parler de la loi sur le prix des loyers, j’ai pris tous mes papiers et je suis allé à l’Hôtel de Police.

  • Ils me disent d’aller sur le route de Baduel. Là ils me posent des questions sur le logement et me disent que je ne pas payer plus que 100 F. Je leur demande donc un papier prouvant ce qu’ils viennent de me dire. Ils me disent que je n’ai pas besoin de papier, car la loi est là et que tout le monde la connaît. J’insiste et finalement ils me le donnent.
  • Trois jours plus tard, ils sont venus visiter la maison. C’était le branle-bas ici. Ils avaient besoin d’une preuve et j’ai trouvé 4-5 carnets de paiements prouvant que l’on payait 400F. Ils ont commencé à mesurer, à prendre des photos et ils déclarent que l’on ne doit pas payer plus que 100 F. .
Tout de suite après le propriétaire est arrivé en courant. Le lendemain, il a fait nettoyer et il a fait brancher l’électricité par un Haïtien. Le lendemain, il est revenu avec les gendarmes pour démontrer que la maison avait l’électricité. Ils ont dit que ceux qui avaient payé 400 F avaient perdu leur mois et aux autres d’attendre qu’ils prennent une décision sur le prix du loyer. Ils sont revenus et ont demandé le nombre d’heures d’électricité qui serait disponible à chaque jour. Le propriétaire a garanti de 6 heures à minuit. Ils ont donc fixé le prix à 260 F par mois.
C’est ce que l’on paye maintenant, mais le propriétaire a fini par savoir que c’était moi qui étais à la source de la plainte. Il ne me parle plus.
Si j’ai un retard dans mon loyer, il commence à devenir mauvais envers moi. J’ai toujours à jouer un jeu de cache-cache avec lui, car il veut me mettre à la porte. Je m’enferme même quelques fois dans ma chambre, car il m’a déjà enlevé la clef. Maintenant, je paye les cinq mois de retard par tranche de 100 F. Les affaires se tassent.
Il dit même maintenant bien comprendre les Haïtiens, car il a lui-même cinq femmes haïtiennes ici avec des enfants de lui!
Dans le fond, c’est un bon gars il était déjà allé en Haïti avec deux de ses femmes haïtiennes.
Même si le litige entre le propriétaire et la mairie est maintenant tranché, les gens qui habitent les petites cases contiguës, surtout les pères de famille, donnent un petit quelque chose aux anciens propriétaires. On se dit que la terre n’est pas à nous et que l’on ne peut pas ne rien donner aux propriétaires. Ce montant est de 90-100 F par mois. En fait, ils ont peur des emmerdements.
C’est l’association qui avait pris la responsabilité de payer l’eau et l’électricité. Mais vous connaissez la mentalité haïtienne, on a vite dit que quand les prix ont augmenté que c’est moi qui avait besoin d’argent pour retourner en Haïti.
Les Haïtiens ne comprennent pas le fonctionnement d’une affaire communautaire.
On avait 4 tuyaux pour l’eau et on avait mis des horaires pour pouvoir utiliser l’eau de façon plus économique : de 6 heures du matin à midi et de 2 heures l’après-midi à 10 heures le soir. Mais ils ont dit que nous étions comme des Tonton-Macoutes .
La première facture était de 15,000 F pour 3 mois. C’est cher, mais il y a beaucoup de monde ici. Ils n’ont pas voulu payer et après 6 mois la facture était de 30,000 F. Ils ne voulaient pas toujours payer, alors nous avons demandé de couper l’eau. L’Haïtien utilise de l’eau et de l’électricité, mais il ne veut pas payer ! L’association est presque tombée à l’eau, elle est tombée pour nous, mais pas pour les autorités, car nous sommes toujours le porte-parole de Suzini. Ils nous ont déjà demandé que les gens de Suzini régularisent leur situation par rapport aux cartes de séjour. Les agents de l’immigration ne rentrent pas facilement à Suzini, car ici. il y a trop de monde. Ils ne peuvent pas faire comme à Vieux- Chemin et vouloir démolir les maisons. De plus ici, c’est un terrain privé.

Haïtiens à Kourou

Kourou : une politique globale de la ville. L’exemple de la résorption de l’habitat insalubre cahiers no 1 et 2 Documents SIMKO, Kourou, octobre 1995)
Selon la SIMKO on estimait à environ 5,000 le nombre d’Haïtiens en 1994. Ces immigrés ont généralement leurs papiers en règles. Au début 90, il y avait un « village haïtien à Kourou » , en fait une de ces «cités de fait» . comme Azor, Ringuet, Cité du stade, Maryse Bastié et Marie Claire où ils côtoyaient des brésiliens et des surinamiens. La majorité habite les cités Manil et 205 et habitent des logis loués de la SIMAG (Société Immobilière de Antilles et de la Guyane) ( 30% d’étrangers dont 63% haïtiens et 22% brésiliens). Ces habitations sous-louent des chambres a 500 ou 1,500F par mois.

Autoconstruction, Relocalisation et Expulsion

« Nous ne sommes pas dans ce pays pour nous construire une maison »
« Ce qui marque la prise de contact c’est la déception qui prévaut chez l’Haïtien, car il quitte la zone de Carrefour en Haïti pour émigrer et il se retrouve à Suzini, se retrouve dans les mêmes conditions du départ avec 12,000 F en moins! »
L’alternative à la location de logements sommaires est l’autoconstruction ou la rénovation d’habitation. Pour certains, s’il s’agit d’une étape vers de meilleurs logements.
La maison ici, je l’ai acheté 3,000 F, mais elle était pourrie. Il y avait une Haïtienne qui habitait ici, elle est morte subitement et c’est par après que j’ai acheté. J’ai acheté du bois pour la réparer un peu, mais pas trop, car je ne veux plus dépenser de l’argent à Cayenne.
Ici ça ne vaut pas la peine parce que de toute façon que tu sois bien ou non, propre ou sale, on parle mal de toi.

Programme d’expulsion d’un grand quartier haïtien

Une réflexion sur “16 Se loger en Guyane quand on est Haïtien.

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