Arriver en Guyane

fers de Georges Liautaud txt
Déception
Certaines personnes sont amèrement déçues du peu que leur expérience apporte comparée à ce qu’ils auraient pu faire en Haïti
Si nous avions su que c’était comme ça ici nous aurions gardé notre argent pour faire quelque chose en Haïti.
Mon père était d’accord pour que je parte, c’est même lui qui m’a conseillé de partir. Il pensait que je devais partir pour pouvoir l’aider. Mais je lui ai expliqué la situation ici et étant donné aussi ce qui s’est passé en Haïti je pense que la meilleure solution serait qu’il m’envoie l’argent pour que je puisse revenir. Ça fait 5 ans que je suis parti, si j’étais resté en Haïti j’aurais pu planter des choses, travailler un morceau de terre pour lui et comme ça il serait plus avancé. C’est comme ça que je serais, que j’aurais pu être le plus utile pour lui, l’aider le plus.
Je suis parti de la commune de Thomasseau, je ne connaissais pas que la situation était difficile parce que premièrement il n’y avait pas beaucoup de personnes qui étaient venu ici de ma région, car ce sont surtout les gens du Sud qui venaient ici. Notre groupe nous sommes les premières 8 personnes de la région à être venu ici. Quand j’étais à Thomasseau, je n’ai pas entendu parler de Cayenne. C’est du Surinam que j’avais entendu parler, c’est pour le Surinam que je suis parti. Je savais que le Surinam c’était difficile et que l’on pouvait assez facilement rentrer en Guyane. »
Nous sommes venus ici à huit personnes, huit ensembles. Nous connaissions déjà un Haïtien qui habitait le Surinam. Il y en a d’autres de Thomasseau qui croyaient que ce que l’on disait d’ici, c’était des mensonges et ils sont venus quand même. Après six mois ils sont retournés en Haïti. Tout ça c’est de l’argent qui est perdu. Mes parents ont dépensé combien de milles dollars pour me faire partir et une fois ici tu ne réalises rien! En plus pour la plupart des gens c’est leurs terres qu’ils vendent pour partir. Tout ça c’est de l’argent perdu.
En arrivant à Cayenne, j’ai passé 2-3 semaines chez mon frère à me cacher, car l’on ramassait les Haïtiens en grande quantité à cette époque. C’est à ce moment que je me décourage et que je dis à mon frère que ça ne vaut pas la peine et que je veux retourner en Haïti. Il me demande de prendre patience, mais deux jours plus tard je lui dis que ma décision est prise. Il est d’accord et m’offre 2,000 F pour faire le chemin inverse. J’achète donc une mallette à 150 F et je fais ma valise. Mon frère essaie de me convaincre de rester et de prendre patience. Je suis demeuré là trois mois avant de me décider à partir pour Saint-Laurent chez un copain.

Arriver en Guyane : Chercher des contacts

Le premier objectif en arrivant en Guyane est de retrouver les contacts qui peuvent aider le nouvel arrivant. Certains lieux sont rapidement découvert comme Cité Bonhomme, Vieux-Chemin, Cité Lisette à Cayenne où sont regroupés plusieurs logis habités par des Haïtiens. Se déplacer à pied sert de profilage aux policiers. La Crique est un lieu de trafics divers.

Entraide ou évitement

Entraide
• Quand je suis arrivé à Bonhomme au début je ne connaissais personne. C’est chez un Haïtien que je ne connaissais pas que je suis débarqué. Je savais seulement qu’il venait de Port-au-Prince. Chaque matin tout ce que j’avais à manger c’était une baguette sèche et un ‘Top’ … Comme j’étais malade avec la diarrhée, le Bon Dieu a fait que j’avais des vêtements de rechange, car après ma maladie j’ai dû jeter tous mes vieux vêtements dans la mer tant ils étaient sales … il y avait une femme très gentille qui m’apportait à manger et qui prenait soin de moi, de mon linge … Je ne connaissais personne !
Petit à petit j’ai commencé à faire des petits boulots et à me débrouiller tant bien que mal.

Évitement de l’Homme à la mallette

• Je lui ai donné mon passeport en gage et lui ai demandé de m’amener à Kourou, car il y a des personnes de Duvalierville àKourou qui pourront payer pour moi. Nous partons donc pour Kourou et le chauffeur s’informe auprès d’un Guyanais où habitent les Haïtiens. Une fois rendu « sous pied mangue » ·, je m’informe pour savoir qui venait de Duvalierville, mais personne ne voulait l’avouer, car j’avais l’air d’un ‘bleu’ avec ma mallette. Comme la police faisait des rafles contre les Haïtiens et que j’avais l’air d’un ‘bleu’ personne ne voulait m’héberger même ceux de Duvalierville qui se faisait réprimander par les autres. Je passe donc le reste de la nuit dehors, sous les arbres.
Le lendemain très tôt, je prends le taxi pour Cayenne après avoir dépensé 10 F pour me nourrir. Quelqu’un avait bien voulu prendre ma mallette chez lui pour que je ne fasse pas arrêter par la police. Je débarque à la ‘ Crique’ et j’essaie de me rappeler la maison de ‘ma tante’ sachant que c’était sur la route de Montabo.

Mis à la porte

• J’espérais que la dame m’aiderait étant donné que nous portions le même nom de famille. Je lui avais déjà dit en blaguant que nous étions de la même famille ! Je marche à pied en demandant continuellement mon chemin, une marche de quatre heures !
• Je débouche finalement chez la dame, car je me rappelais le nom du propriétaire du terrain. Sinon, je n’aurais jamais trouvé. J’avais faim et elle m’a donné à manger. J’ai littéralement dévoré ce qui était dans mon assiette. Elle me demande d’attendre son mari. Lorsque celui-ci arrive, il ne veut rien entendre et sans aucune amabilité, il me met à la porte. D’autant plus que sa femme vient d’arriver illégalement et qu’il ne veut pas avoir deux illégaux dans la maison.
• Je me suis ensuite informé à propos d’une personne de Léogane que je connaissais, car plusieurs personnes étaient passées à la maison de la dame pour prendre les colis que les gens d’Haïti envoyaient pour eux. Une de ces personnes savait qu’il y avait des gens de Léogane à Vieux-Chemin, comme il avait une auto je suis parti avec lui. Dans l’auto, il y avait le frère de la personne que je connaissais, mais ce n’est qu’après qu’il m’ait demandé la description de cette personne que je me suis aperçu que ce pouvait être son frère, tellement ils se ressemblaient.
En arrivant, ils ont demandé pour la personne, mais il se cachait. Après m’avoir bien observé, finalement il me demande de venir. Il pouvait m’offrir à coucher, mais pas à manger. Je faisais donc le chemin à pied entre Vieux-Chemin et chez la dame pour aller manger, cela à l’insu de son mari. Elle me donne souvent de l’argent pour prendre le car, car les policiers raflent souvent ceux qui marchent à pied. C’est d’ailleurs pour ça que les Haïtiens ne marchent que rarement à pied sur la route!
La dame a commencé à avoir peur à cause des rafles que les policiers faisaient sur la route et elle me demande de venir le moins souvent possible. Je me suis donc débrouillé dans Vieux-Chemin pour faire mes affaires. J’ai demandé à une dame qui avait un petit restaurant de me nourrir à crédit … gratuitement le matin et à crédit pour les autres repas. Je faisais aussi laver mon linge à crédit.
Les gens me malmenaient un peu, car j’avais la manie d’écrire mon journal où je notais toutes mes impressions, ils m’appelaient ‘le philosophe’.
C’est alors que pour m’éprouver, ils m’amenèrent travailler dans la construction avec eux. J’ai eu beaucoup de misères, car je n’ai pas le physique ni l’expérience pour faire ce genre de travail ! Ils me taquinaient à cause de mon crayon et de mes cahiers en disant que c’était facile, plus facile que la construction.
J’habitais chez le gars, mais il ne voulait pas vraiment me garder, d’ailleurs pour m’emmerder il m’obligeait à rentrer avant huit heures du soir parce qu’il fermait sa porte à clef. Il ne voulait pas me garder, mais ne voulait pas franchement me le dire. Je devais user de toutes sortes de subterfuges pour pouvoir aller regarder la télévision le soir ou encore prendre d’autres contacts.

Une réflexion sur “Arriver en Guyane

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