Pressions des responsabilités familiales

Partir, c’est souvent pour résoudre des problèmes économiques familiaux causés par le manque d’argent. Émigrer pour permettre la scolarisation des enfants ou par désir de réalisation personnelle malgré le malheur provoqué par de mauvaises intentions qui s’abattent sur la famille.Partir, c’est souvent pour résoudre des problèmes économiques familiaux causés par le manque d’argent. Émigrer pour permettre la scolarisation des enfants ou par désir de réalisation personnelle malgré le malheur provoqué par de mauvaises intentions qui s’abattent sur la famille.⦁ D’après moi et aussi d’après tout ce que j’entends dire autour de moi, c’est la misère qui pousse les gens à migrer. Je pense pour ma part qu’il faut voir la situation et où une famille qui a beaucoup d’enfants ne peut pas les envoyer à l’école même s’il est supposé y avoir des écoles d’État, car il faut toujours payer quelque chose, soit 2 ou 5 gourdes. ⦁ Ma femme était sur le point d’accoucher et je n’avais pas d’argent, j’avais besoin d’argent. C’était un vrai problème, car l’argent que je gagnais ne me permettait pas de faire face à mes responsabilités ; ma femme, l’enfant et ma mère qui est vieille et dont je dois m’occuper. Même si je travaillais, je gagnais si peu que ma mère devait me soutenir alors que ça devrait être moi qui prends la relève pour l’aider. Il fallait que je m’occupe d’eux, de l’éducation de l’enfant, car même si tu ne lui laisses rien, il faut au moins faire son éducation. J’ai réfléchi sur le fait de partir en laissant une femme et mon enfant, c’est difficile, mais je n’étais pas capable de trouver du travail pour m’occuper d’eux. Je voyais le temps passer et je n’avais pas de travail. J’ai dit O.K. pour la Guyane. J’avais une sœur qui était là depuis 78 et je pensais pouvoir trouver quelque chose pour me débrouiller. ⦁ C’est moi qui a décidé de partir. Mes parents n’étaient pas d’accord, car ils ne savaient pas ce que PARTIR voulait dire, « Lavi partir ». Ils ne comprenaient rien, ils étaient dans le noir. Ils n’avaient pas conscience de ce qui se passait en Haïti. Il y avait aussi le fait que j’étais prédicateur donc responsable d’un « peuple ». C’est un pasteur de Port-au-Prince qui m’a parlé de la Guyane. ⦁ Moi j’ai quitté Haïti pas parce que j’étais plus miséreux que les autres, mais étant jeune je pensais que je devais connaître autre chose et aussi avoir autre chose. Quand mon père est décédé, je me suis rendu compte qu’il fallait non seulement que je me prenne en charge moi-même, mais que je m’occupe aussi de ma mère.Les malheurs et la jalousie familiale jouent aussi un rôle dans la décision d’émigrer⦁ J’avais une femme en Haïti, mais elle est morte ça faisait 2 ans que j’étais ici. Vous connaissez Haïti, ils ont eu une discussion et ils ont envoyé quelque chose sur elle (quimbois), ils lui ont envoyé la mort. Elle était à Port-au-Prince et faisait son commerce de marchande, c’est pour ça qu’ils ont eu une discussion. ⦁ Même si mon père et ma mère sont morts lorsque j’étais encore jeune, je n’avais aucune raison de quitter Haïti. A l’âge de 16 ans j’étais déjà dans les affaires et je vendais du charbon. J’achetais le sac : 2-3 (1) gourdes et je le revendais à 7 -12 euros. Je payais le transport par camionnette et je pouvais faire jusqu’à 100 $ de profit. En plus de vendre les produits de ma terre je faisais aussi de l’élevage. Lorsque je me suis marié, j’ai construit deux maisons en tôle, c’était les premières maisons en tôle de toute la région. Ceci va cependant m’attirer des problèmes de jalousie de mes concitoyens et même de ma famille. Après la construction de mes maisons et mon mariage, il me restait encore 1, 200 $. Ce qui était beaucoup d’argent pour l’époque.Rôle des réseaux de parenté et d’amisQuel fut le rôle des réseaux de parenté et d’amis dans la motivation et l’organisation de l’émigration ? Émigrer pour améliorer son propre sort est certainement important, mais, le bien-être de la famille, des enfants, des parents, ou des conjoints et des partenaires familiaux le sont également.⦁ En Haïti, même si tu travailles beaucoup, si tu mets beaucoup d’efforts, tu finis par te rendre compte que tu ne réalises rien. Donc tu penses qu’en allant ailleurs tes efforts seront un peu plus récompensés alors tu fais flèche de tout bois, tu as un morceau de terre et tu le vends, tu empruntes et tu prends un coup de poignard, tu empruntes à ta famille. Bref, tu fais tout ce que tu peux pour partir.Plusieurs membres d’une même famille peuvent migrer⦁ Il a 1 garçon et 2 filles et 2 frères à Cayenne, l’un est toujours en Guyane depuis 10 ans, l’autre est retourné définitivement en Haïti après 4 ou 5 ans de visite. Il était marchand et se faisait assez de revenus avec cette profession il est venu rejoindre ses frères et il a fait venir sa sœur ensuite.Les pressions de la conjointe peuvent jouer un rôle important dans la décision de migrer. Cet homme a tenté l’expérience malgré des informations ambivalentes sur la destination. La crainte de voir son épouse partir seule et mener une mauvaise vie alliée à l’image de prospérité diffusée par les migrants en visite semblent avoir été les arguments décisifs.⦁ Personnellement je n’avais pas du tout en tête de venir en Guyane. Je faisais des démarches pour aller ailleurs. C’est ma première femme qui m’a harcelé tout le temps pour venir en Guyane. J’ai toujours résisté à cette idée parce qu’en Haïti, même si je n’ai pas beaucoup d’étude à cause du manque de moyen de mes parents, j’avais un petit job au département du commerce qui ne me payait pas beaucoup, mais qui me permettait de vivre. Ma femme avait une cousine ici en Guyane qui lui expédiait des cassettes et qui lui disait que c’était possible de réaliser des choses ici. Que si elle venait en Guyane la vie pourrait être mieux pour elle ici. L’idée lui plaisait même si l’on pouvait se débrouiller tous les deux en Haïti ayant mis nos ressources en commun. Elle avait un commerce qui ne marchait pas gros, mais qui permettait de se débrouiller. Elle était plus ambitieuse que ça, elle voulait avoir plus. Sous l’incitation de sa cousine, un bon matin elle me dit qu’elle veut partir. Moi comme j’avais ma sœur qui était là-bas, je lui déconseille, car ma sœur m’écrivait que ce n’était pas bon en Guyane. Mais j’ai dit aussi : « Si c’est ça que tu veux vraiment »Ce fut ainsi jusqu’au jour où elle décide de changer d’avis et me dit que ce devrait être moi qui parte d’abord pour ensuite la faire venir. Je lui dis : « Non, l’idée que je me fais de la Guyane n’est pas bonne ». Elle a essayé de me convaincre que la Guyane est un pays très enchanteur tant du point de vue personnel qu’intellectuel, etc. Je lui réponds : « Si c’est tellement bien pourquoi tu n’y vas pas toi-même ? »C’est là qu’elle m’a avoué qu’elle savait que les femmes qui arrivent en Guyane mènent « toutes sortes de vie », qu’il y a la prostitution, qu’elles ont plusieurs amants, etc. Donc que c’est moi qui dois partir avant elle afin qu’elle ne soit pas tentée d’entrer dans ce réseau d’affaire de femmes. Elle ne voulait pas que la tentation soit grande ou encore que je puisse entendre des « cancans » sur elle-même s’ils sont faux. Ce sont ces arguments-là qui m’ont amené en Guyane. Il y avait aussi tous les vacanciers qui reviennent de la Guyane et qui te font savoir que c’est bien. Ils s’habillent bien, ils portent des bijoux, etc. Mais tout ça c’est de la frime, car ce n’est pas à eux ou encore c’est du « plaqué ». C’est comme ça que ça nous fait miroiter l’idée de venir en Guyane. Il y a des gens qui ont passé cinq ans en Guyane et quand tu les vois pour un mois en vacances en Haïti, tu peux avoir l’idée de venir.En fait pourquoi les gens viennent ici et se regroupent ici comme ça. C’est facile, car si on connait quelqu’un, on le fait venir. A deux ça coûte moins cher pour en faire venir un troisième, à trois pour faire venir un quatrième et ainsi de suite… Je n’avais pas l’intention de venir en Guyane, car j’avais une sœur qui y était depuis 78 et quand j’ai eu des problèmes d’argent, je lui ai demandé de m’expédier 40-50 $. Cela a pris beaucoup de temps avant de le recevoir parce qu’elle me disait que la vie était difficile en Guyane. Si ça avait été autrement, elle me l’aurait expédié vite sans problèmes. Je me disais que ça pouvait aussi être les problèmes de communication par lettres entre Haïti et la Guyane. De toute façon, je me suis dit que je prenais la chance de partir, mais pas pour la Guyane. J’ai donc fini d’arranger mes papiers et je suis allé prendre ma chance à l’ambassade américaine.J’ai dit à ma mère que je voudrais partir, mais que je n’avais pas d’argent. Elle m’a dit qu’elle pourrait bien me donner un coup de main. J’ai eu un peu d’argent et j’ai fait faire mon passeport.Mes frères, mon père et moi nous travaillions la terre. Mon frère s’est blessé à la jambe avec une houe et c’est là que mon autre frère a décidé de ne plus jamais manier la houe. Mon frère avait été à l’école et savait lire et écrire. Moi aussi je voulais laisser, mais mon père ne voulait pas, car à la suite de la démission de mon frère, il a dit que les enfants sont trop ingrats. C’est à ce moment que mon frère a fait des démarches pour venir en Guyane. Sa fiancée est restée en Haïti, c’est la seule qui l’aimait encore. Les autres étaient en mauvais terme avec lui. Donc cela m’étonnait qu’il m’envoie de l’argent, mais comme ma mère a beaucoup insisté j’ai décidé de faire le nécessaire pour partir.jeune marié

Partir, c’est souvent pour résoudre des problèmes économiques familiaux causés par le manque d’argent. Émigrer pour permettre la scolarisation des enfants ou par désir de réalisation personnelle malgré le malheur provoqué par de mauvaises intentions qui s’abattent sur la famille.

  • D’après moi et aussi d’après tout ce que j’entends dire autour de moi, c’est la misère qui pousse les gens à migrer. Je pense pour ma part qu’il faut voir la situation et où une famille qui a beaucoup d’enfants ne peut pas les envoyer à l’école même s’il est supposé y avoir des écoles d’État, car il faut toujours payer quelque chose, soit 2 ou 5 gourdes.
  • Ma femme était sur le point d’accoucher et je n’avais pas d’argent, j’avais besoin d’argent. C’était un vrai problème, car l’argent que je gagnais ne me permettait pas de faire face à mes responsabilités ; ma femme, l’enfant et ma mère qui est vieille et dont je dois m’occuper. Même si je travaillais, je gagnais si peu que ma mère devait me soutenir alors que ça devrait être moi qui prends la relève pour l’aider. Il fallait que je m’occupe d’eux, de l’éducation de l’enfant, car même si tu ne lui laisses rien, il faut au moins faire son éducation. J’ai réfléchi sur le fait de partir en laissant une femme et mon enfant, c’est difficile, mais je n’étais pas capable de trouver du travail pour m’occuper d’eux. Je voyais le temps passer et je n’avais pas de travail. J’ai dit O.K. pour la Guyane. J’avais une sœur qui était là depuis 78 et je pensais pouvoir trouver quelque chose pour me débrouiller.
  • C’est moi qui a décidé de partir. Mes parents n’étaient pas d’accord, car ils ne savaient pas ce que PARTIR voulait dire, « Lavi partir ». Ils ne comprenaient rien, ils étaient dans le noir. Ils n’avaient pas conscience de ce qui se passait en Haïti. Il y avait aussi le fait que j’étais prédicateur donc responsable d’un « peuple ». C’est un pasteur de Port-au-Prince qui m’a parlé de la Guyane.
  • Moi j’ai quitté Haïti pas parce que j’étais plus miséreux que les autres, mais étant jeune je pensais que je devais connaître autre chose et aussi avoir autre chose. Quand mon père est décédé, je me suis rendu compte qu’il fallait non seulement que je me prenne en charge moi-même, mais que je m’occupe aussi de ma mère.

Les malheurs et la jalousie familiale jouent aussi un rôle dans la décision d’émigrer

  • J’avais une femme en Haïti, mais elle est morte ça faisait 2 ans que j’étais ici. Vous connaissez Haïti, ils ont eu une discussion et ils ont envoyé quelque chose sur elle (quimbois), ils lui ont envoyé la mort. Elle était à Port-au-Prince et faisait son commerce de marchande, c’est pour ça qu’ils ont eu une discussion.
  • Même si mon père et ma mère sont morts lorsque j’étais encore jeune, je n’avais aucune raison de quitter Haïti. A l’âge de 16 ans j’étais déjà dans les affaires et je vendais du charbon. J’achetais le sac : 2-3 (1) gourdes et je le revendais à 7 -12 euros. Je payais le transport par camionnette et je pouvais faire jusqu’à 100 $ de profit. En plus de vendre les produits de ma terre je faisais aussi de l’élevage. Lorsque je me suis marié, j’ai construit deux maisons en tôle, c’était les premières maisons en tôle de toute la région. Ceci va cependant m’attirer des problèmes de jalousie de mes concitoyens et même de ma famille. Après la construction de mes maisons et mon mariage, il me restait encore 1, 200 $. Ce qui était beaucoup d’argent pour l’époque.

Rôle des réseaux de parenté et d’amis

Quel fut le rôle des réseaux de parenté et d’amis dans la motivation et l’organisation de l’émigration ? Émigrer pour améliorer son propre sort est certainement important, mais, le bien-être de la famille, des enfants, des parents, ou des conjoints et des partenaires familiaux le sont également.

  • En Haïti, même si tu travailles beaucoup, si tu mets beaucoup d’efforts, tu finis par te rendre compte que tu ne réalises rien. Donc tu penses qu’en allant ailleurs tes efforts seront un peu plus récompensés alors tu fais flèche de tout bois, tu as un morceau de terre et tu le vends, tu empruntes et tu prends un coup de poignard, tu empruntes à ta famille. Bref, tu fais tout ce que tu peux pour partir.

 

Plusieurs membres d’une même famille peuvent migrer

  • Il a 1 garçon et 2 filles et 2 frères à Cayenne, l’un est toujours en Guyane depuis 10 ans, l’autre est retourné définitivement en Haïti après 4 ou 5 ans de visite. Il était marchand et se faisait assez de revenus avec cette profession il est venu rejoindre ses frères et il a fait venir sa sœur ensuite.

 

Les pressions de la conjointe peuvent jouer un rôle important dans la décision de migrer. Cet homme a tenté l’expérience malgré des informations ambivalentes sur la destination. La crainte de voir son épouse partir seule et mener une mauvaise vie alliée à l’image de prospérité diffusée par les migrants en visite semblent avoir été les arguments décisifs.

  • Personnellement je n’avais pas du tout en tête de venir en Guyane. Je faisais des démarches pour aller ailleurs. C’est ma première femme qui m’a harcelé tout le temps pour venir en Guyane. J’ai toujours résisté à cette idée parce qu’en Haïti, même si je n’ai pas beaucoup d’étude à cause du manque de moyen de mes parents, j’avais un petit job au département du commerce qui ne me payait pas beaucoup, mais qui me permettait de vivre. Ma femme avait une cousine ici en Guyane qui lui expédiait des cassettes et qui lui disait que c’était possible de réaliser des choses ici. Que si elle venait en Guyane la vie pourrait être mieux pour elle ici. L’idée lui plaisait même si l’on pouvait se débrouiller tous les deux en Haïti ayant mis nos ressources en commun. Elle avait un commerce qui ne marchait pas gros, mais qui permettait de se débrouiller. Elle était plus ambitieuse que ça, elle voulait avoir plus. Sous l’incitation de sa cousine, un bon matin elle me dit qu’elle veut partir. Moi comme j’avais ma sœur qui était là-bas, je lui déconseille, car ma sœur m’écrivait que ce n’était pas bon en Guyane. Mais j’ai dit aussi : « Si c’est ça que tu veux vraiment »Ce fut ainsi jusqu’au jour où elle décide de changer d’avis et me dit que ce devrait être moi qui parte d’abord pour ensuite la faire venir. Je lui dis : « Non, l’idée que je me fais de la Guyane n’est pas bonne ». Elle a essayé de me convaincre que la Guyane est un pays très enchanteur tant du point de vue personnel qu’intellectuel, etc. Je lui réponds : « Si c’est tellement bien pourquoi tu n’y vas pas toi-même ? »

C’est là qu’elle m’a avoué qu’elle savait que les femmes qui arrivent en Guyane mènent « toutes sortes de vie », qu’il y a la prostitution, qu’elles ont plusieurs amants, etc. Donc que c’est moi qui dois partir avant elle afin qu’elle ne soit pas tentée d’entrer dans ce réseau d’affaire de femmes.

Elle ne voulait pas que la tentation soit grande ou encore que je puisse entendre des « cancans » sur elle-même s’ils sont faux. Ce sont ces arguments-là qui m’ont amené en Guyane. Il y avait aussi tous les vacanciers qui reviennent de la Guyane et qui te font savoir que c’est bien. Ils s’habillent bien, ils portent des bijoux, etc. Mais tout ça c’est de la frime, car ce n’est pas à eux ou encore c’est du « plaqué ». C’est comme ça que ça nous fait miroiter l’idée de venir en Guyane. Il y a des gens qui ont passé cinq ans en Guyane et quand tu les vois pour un mois en vacances en Haïti, tu peux avoir l’idée de venir.

En fait pourquoi les gens viennent ici et se regroupent ici comme ça. C’est facile, car si on connait quelqu’un, on le fait venir. A deux ça coûte moins cher pour en faire venir un troisième, à trois pour faire venir un quatrième et ainsi de suite…

Je n’avais pas l’intention de venir en Guyane, car j’avais une sœur qui y était depuis 78 et quand j’ai eu des problèmes d’argent, je lui ai demandé de m’expédier 40-50 $. Cela a pris beaucoup de temps avant de le recevoir parce qu’elle me disait que la vie était difficile en Guyane. Si ça avait été autrement, elle me l’aurait expédié vite sans problèmes. Je me disais que ça pouvait aussi être les problèmes de communication par lettres entre Haïti et la Guyane. De toute façon, je me suis dit que je prenais la chance de partir, mais pas pour la Guyane. J’ai donc fini d’arranger mes papiers et je suis allé prendre ma chance à l’ambassade américaine.

J’ai dit à ma mère que je voudrais partir, mais que je n’avais pas d’argent. Elle m’a dit qu’elle pourrait bien me donner un coup de main. J’ai eu un peu d’argent et j’ai fait faire mon passeport.

Mes frères, mon père et moi nous travaillions la terre. Mon frère s’est blessé à la jambe avec une houe et c’est là que mon autre frère a décidé de ne plus jamais manier la houe. Mon frère avait été à l’école et savait lire et écrire. Moi aussi je voulais laisser, mais mon père ne voulait pas, car à la suite de la démission de mon frère, il a dit que les enfants sont trop ingrats. C’est à ce moment que mon frère a fait des démarches pour venir en Guyane. Sa fiancée est restée en Haïti, c’est la seule qui l’aimait encore. Les autres étaient en mauvais terme avec lui. Donc cela m’étonnait qu’il m’envoie de l’argent, mais comme ma mère a beaucoup insisté j’ai décidé de faire le nécessaire pour partir.

Partir, c’est souvent pour résoudre des problèmes économiques familiaux causés par le manque d’argent. Émigrer pour permettre la scolarisation des enfants ou par désir de réalisation personnelle malgré le malheur provoqué par de mauvaises intentions qui s’abattent sur la famille.

⦁ D’après moi et aussi d’après tout ce que j’entends dire autour de moi, c’est la misère qui pousse les gens à migrer. Je pense pour ma part qu’il faut voir la situation et où une famille qui a beaucoup d’enfants ne peut pas les envoyer à l’école même s’il est supposé y avoir des écoles d’État, car il faut toujours payer quelque chose, soit 2 ou 5 gourdes.

⦁ Ma femme était sur le point d’accoucher et je n’avais pas d’argent, j’avais besoin d’argent. C’était un vrai problème, car l’argent que je gagnais ne me permettait pas de faire face à mes responsabilités ; ma femme, l’enfant et ma mère qui est vieille et dont je dois m’occuper. Même si je travaillais, je gagnais si peu que ma mère devait me soutenir alors que ça devrait être moi qui prends la relève pour l’aider. Il fallait que je m’occupe d’eux, de l’éducation de l’enfant, car même si tu ne lui laisses rien, il faut au moins faire son éducation. J’ai réfléchi sur le fait de partir en laissant une femme et mon enfant, c’est difficile, mais je n’étais pas capable de trouver du travail pour m’occuper d’eux. Je voyais le temps passer et je n’avais pas de travail. J’ai dit O.K. pour la Guyane. J’avais une sœur qui était là depuis 78 et je pensais pouvoir trouver quelque chose pour me débrouiller.

⦁ C’est moi qui a décidé de partir. Mes parents n’étaient pas d’accord, car ils ne savaient pas ce que PARTIR voulait dire, « Lavi partir ». Ils ne comprenaient rien, ils étaient dans le noir. Ils n’avaient pas conscience de ce qui se passait en Haïti. Il y avait aussi le fait que j’étais prédicateur donc responsable d’un « peuple ». C’est un pasteur de Port-au-Prince qui m’a parlé de la Guyane.

Moi j’ai quitté Haïti pas parce que j’étais plus miséreux que les autres, mais étant jeune je pensais que je devais connaître autre chose et aussi avoir autre chose. Quand mon père est décédé, je me suis rendu compte qu’il fallait non seulement que je me prenne en charge moi-même, mais que je m’occupe aussi de ma mère.Les malheurs et la jalousie familiale jouent aussi un rôle dans la décision d’émigrer

⦁ J’avais une femme en Haïti, mais elle est morte, ça faisait 2 ans que j’étais ici. Vous connaissez Haïti, ils ont eu une discussion et ils ont envoyé quelque chose sur elle (quimbois), ils lui ont envoyé la mort. Elle était à Port-au-Prince et faisait son commerce de marchande, c’est pour ça qu’ils ont eu une discussion.

⦁ Même si mon père et ma mère sont morts lorsque j’étais encore jeune, je n’avais aucune raison de quitter Haïti. A l’âge de 16 ans j’étais déjà dans les affaires et je vendais du charbon. J’achetais le sac : 2-3 (1) gourdes et je le revendais à 7 -12 euros. Je payais le transport par camionnette et je pouvais faire jusqu’à 100 $ de profit. En plus de vendre les produits de ma terre je faisais aussi de l’élevage. Lorsque je me suis marié, j’ai construit deux maisons en tôle, c’était les premières maisons en tôle de toute la région.

Ceci va cependant m’attirer des problèmes de jalousie de mes concitoyens et même de ma famille. Après la construction de mes maisons et mon mariage, il me restait encore 1, 200 $. Ce qui était beaucoup d’argent pour l’époque.

Rôle des réseaux de parenté et d’amis.

Quel fut le rôle des réseaux de parenté et d’amis dans la motivation et l’organisation de l’émigration ? Émigrer pour améliorer son propre sort est certainement important, mais, le bien-être de la famille, des enfants, des parents, ou des conjoints et des partenaires familiaux le sont également.

⦁ En Haïti, même si tu travailles beaucoup, si tu mets beaucoup d’efforts, tu finis par te rendre compte que tu ne réalises rien. Donc tu penses qu’en allant ailleurs tes efforts seront un peu plus récompensés alors tu fais flèche de tout bois, tu as un morceau de terre et tu le vends, tu empruntes et tu prends un coup de poignard, tu empruntes à ta famille. Bref, tu fais tout ce que tu peux pour partir.Plusieurs membres d’une même famille peuvent migrer

⦁ Il a 1 garçon et 2 filles et 2 frères à Cayenne, l’un est toujours en Guyane depuis 10 ans, l’autre est retourné définitivement en Haïti après 4 ou 5 ans de visite. Il était marchand et se faisait assez de revenus avec cette profession il est venu rejoindre ses frères et il a fait venir sa sœur ensuite.

Les pressions de la conjointe peuvent jouer un rôle important dans la décision de migrer. Cet homme a tenté l’expérience malgré des informations ambivalentes sur la destination. La crainte de voir son épouse partir seule et mener une mauvaise vie alliée à l’image de prospérité diffusée par les migrants en visite semblent avoir été les arguments décisifs.

⦁ Personnellement je n’avais pas du tout en tête de venir en Guyane. Je faisais des démarches pour aller ailleurs. C’est ma première femme qui m’a harcelé tout le temps pour venir en Guyane. J’ai toujours résisté à cette idée parce qu’en Haïti, même si je n’ai pas beaucoup d’étude à cause du manque de moyen de mes parents, j’avais un petit job au département du commerce qui ne me payait pas beaucoup, mais qui me permettait de vivre. Ma femme avait une cousine ici en Guyane qui lui expédiait des cassettes et qui lui disait que c’était possible de réaliser des choses ici. Que si elle venait en Guyane la vie pourrait être mieux pour elle ici. L’idée lui plaisait même si l’on pouvait se débrouiller tous les deux en Haïti ayant mis nos ressources en commun. Elle avait un commerce qui ne marchait pas gros, mais qui permettait de se débrouiller.

Elle était plus ambitieuse que ça, elle voulait avoir plus. Sous l’incitation de sa cousine, un bon matin elle me dit qu’elle veut partir. Moi comme j’avais ma sœur qui était là-bas, je lui déconseille, car ma sœur m’écrivait que ce n’était pas bon en Guyane. Mais j’ai dit aussi : « Si c’est ça que tu veux vraiment »

Ce fut ainsi jusqu’au jour où elle décide de changer d’avis et me dit que ce devrait être moi qui parte d’abord pour ensuite la faire venir. Je lui dis : « Non, l’idée que je me fais de la Guyane n’est pas bonne ». Elle a essayé de me convaincre que la Guyane est un pays très enchanteur tant du point de vue personnel qu’intellectuel, etc.

Je lui réponds : « Si c’est tellement bien pourquoi tu n’y vas pas toi-même ? »

C’est là qu’elle m’a avoué qu’elle savait que les femmes qui arrivent en Guyane mènent « toutes sortes de vie », qu’il y a la prostitution, qu’elles ont plusieurs amants, etc.

Donc que c’est moi qui dois partir avant elle afin qu’elle ne soit pas tentée d’entrer dans ce réseau d’affaire de femmes. Elle ne voulait pas que la tentation soit grande ou encore que je puisse entendre des « cancans » sur elle, même s’ils sont faux.

Ce sont ces arguments-là qui m’ont amené en Guyane. Il y avait aussi tous les vacanciers qui reviennent de la Guyane et qui te font savoir que c’est bien. Ils s’habillent bien, ils portent des bijoux, etc. Mais tout ça c’est de la frime, car ce n’est pas à eux ou encore c’est du « plaqué ». C’est comme ça que ça nous fait miroiter l’idée de venir en Guyane.

Il y a des gens qui ont passé cinq ans en Guyane et quand tu les vois pour un mois en vacances en Haïti, tu peux avoir l’idée de venir.

En fait pourquoi les gens viennent ici et se regroupent ici comme ça. C’est facile, car si on connait quelqu’un, on le fait venir. A deux ça coûte moins cher pour en faire venir un troisième, à trois pour faire venir un quatrième et ainsi de suite…

Je n’avais pas l’intention de venir en Guyane, car j’avais une sœur qui y était depuis 78 et quand j’ai eu des problèmes d’argent, je lui ai demandé de m’expédier 40-50 $.

Cela a pris beaucoup de temps avant de le recevoir parce qu’elle me disait que la vie était difficile en Guyane.

Si ça avait été autrement, elle me l’aurait expédié vite sans problèmes. Je me disais que ça pouvait aussi être les problèmes de communication par lettres entre Haïti et la Guyane.

De toute façon, je me suis dit que je prenais la chance de partir, mais pas pour la Guyane. J’ai donc fini d’arranger mes papiers et je suis allé prendre ma chance à l’ambassade américaine.

J’ai dit à ma mère que je voudrais partir, mais que je n’avais pas d’argent. Elle m’a dit qu’elle pourrait bien me donner un coup de main. J’ai eu un peu d’argent et j’ai fait faire mon passeport. Mes frères, mon père et moi nous travaillions la terre. Mon frère s’est blessé à la jambe avec une houe et c’est là que mon autre frère a décidé de ne plus jamais manier la houe.

Mon frère avait été à l’école et savait lire et écrire. Moi aussi je voulais laisser, mais mon père ne voulait pas, car à la suite de la démission de mon frère, il a dit que les enfants sont trop ingrats. C’est à ce moment que mon frère a fait des démarches pour venir en Guyane. Sa fiancée est restée en Haïti, c’est la seule qui l’aimait encore.

Les autres étaient en mauvais terme avec lui.

Donc cela m’étonnait qu’il m’envoie de l’argent, mais comme ma mère a beaucoup insisté j’ai décidé de faire le nécessaire pour partir.

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