Entre «m’ap» et «Mo»: une minorité haïtienne en Guyane ?

L’enjeu final de cette expérience migratoire sera-t-il la formation d’une minorité ethnique haïtienne au côté des Guyanais ou une assimilation culturelle mutuelle ?
Le repli sur soi et la discrimination sont vus par des Haïtiens comme des indices significatifs, mais en constante évolution.
  • «Pour se faire connaître, il faut présenter sa culture et apprendre à connaître celle des autres. C’est certain qu’il y a des différences d’autant plus qu’en Guyane, il y a plusieurs ethnies. Les Haïtiens ne sont pas prêts pour ça, ils restent entre eux et ne se mêlent pas beaucoup. Peut-être que dans certains quartiers populaires cela se passe très bien comme à bonhomme où les Haïtiens, les Guyanais, les Saint-Luciens vivent ensemble. Il y a même certains mariages interethniques, mais généralement, les Haïtiens se replient sur eux-mêmes. Ils font leurs petites fêtes entre eux même parfois ils peuvent amener deux ou trois amis guyanais.
  • Nous sommes dans un pays d’accueil et c’est à nous de faire l’effort pour être acceptés.
  • Je comprends très bien qu’au départ il y ait un phénomène de rejet d’ailleurs partout Haïtien est devenu un terme péjoratif. Certaines personnes se font même appeler “hayichien”. Cela humilie et ça froisse un peu… mais cela se passe de moins en moins et il faut le dire il y a quand même un travail qui s’est fait au niveau des associations.
  • On explique certaines choses, on entreprend certaines actions et je crois que le problème ne se pose pas avec la même acuité. Il y a certaines améliorations dans l’attitude des Guyanais .
  • Le problème n’est pas au niveau épidermique, de ce côté, il n’y aucun problème. Je pense que le problème se situe au niveau des rapports sociaux.
  • Ici il y a une juxtaposition de groupes ethniques. Les Haïtiens sont là et c’est la même faune, le même climat et presque les mêmes habitudes que dans notre pays, mais c’est au niveau des rapports sociaux qu’il a une réelle différence. »

Visibilité et Perception de l’altérité.

Peut-être que la plus grande découverte des Haïtiens en Guyane fut qu’il ne suffit pas se passer pour « invisible » en ayant la même couleur de peau que la majorité des personnes du pays hôte pour être intégré.
En effet, si le phénotype commun peut permettre à certains individus assimilés (pouvant s’exprimer en français et en créole guyanais ayant des papiers de naturalisation et surtout un emploi permettant de se démarquer par les signes du consumérisme de classe moyenne de pénétrer l’espace social guyanais, la très grande majorité porte les stigmates de sa condition sociale appauvrie.
  • Le Guyanais même s’il fait partie des Noirs, il voit passer un Haïtien dans la rue avec des vêtements propres sur lui. Il se retourne et le regarde comme s’il était sale. Moi je pense que si à Miami l’on considère les Haïtiens comme le font ici les Guyanais, même si l’on gagne de l’argent, ça ne vaut pas la peine. Ici en Guyane, nous sommes parmi nos semblables, parmi les Noirs, et nous sommes vraiment humiliés.
La perception de l’altérité intersubjective commence par la conscience des limites imposées aux étrangers. L ‘auto définition initiale est donc la représentation de soi comme étranger. . Cependant, cette altérité comporte des règles de bonne conduite qui, en principe, devraient s’appliquer autant aux immigrés qu’aux autochtones mais qui ne le sont pas nécessairement. Les Haïtiens se perçoivent donc comme des étrangers aux droits limités mais ayant certaines obligations envers la communauté hôte.
L’une des fonctions de l’altérité haïtienne perçus par certains est celle de bouc-émissaire, rôle attribué aux Haïtiens pour expliquer les difficultés de financement du système médical et le développement du SIDA.
  • Le fait d’être entré dans un pays fait que tu dois te comporter comme un étranger. Je pense que les Haïtiens doivent comprendre ça, mais ça ne donne pas le droit aux Guyanais de te traiter n’importe comment. Tu n’es pas dans ton pays il faut alors que tu te maîtrises et que tu acceptes la situation. Si on était en Haïti on ne nous traiterait pas d’Hayichiens. Dans ton pays, tu peux te tenir la tête haute. Ici les Haïtiens sont traités comme des bêtes qu’on enferme dans un pâturage et après vous les mettez dehors.
  • D’accord, nous ne pouvons pas faire la loi ici, car nous sommes des étrangers et aussi il y a peut-être 10 % des Guyanais qui sympathisent avec les Haïtiens mais il en reste 90 % !
  • Il faut aussi dire que dans un sens, ils sont bons, car s’ils acceptent la venue d’Haïtiens par milliers, il faudrait au moins que les Haïtiens se rapportent à la mairie pour dire qu’ils sont là dans ce sens :
il faut que les Haïtiens respectent la loi d’ici mais il ne faut pas non plus que les Haïtiens supportent tout le fardeau des problèmes d’ici.
  • Par exemple, le déficit de l’hôpital, il y a aussi beaucoup d’autres nationalités ici seulement des Haïtiens. On dit même que les maladies certaines maladies que ce sont les Haïtiens qui les ont amenées. Nous ne sommes pas les seuls à devoir porter tout le fardeau.
  • Il faut cependant se résigner, car on ne peut pas retourner chez nous même si Duvalier est tombe. Il y a d’autres problèmes comme le déchoukage. Nous sommes toujours en danger » chez nous, car la situation n’est pas claire jusqu’à ce jour »

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