Contrepoints guyanais

Des interlocuteurs guyanais analysent les enjeux de la situation des Haïtiens et Haïtiennes dans le contexte politique de la Guyane. L’enjeu principal concerne la complexité du paysage culturel créole.
  •  La Guyane est une société très complexe. Notre Guyane est constituée de nombreux immigrés. Les Hmong, les minorités telles les Autochtones. etc. ont leur propre culture. Tout ceci n’est pas encore moulé, fusionné dans la société guyanaise, dans la culture guyanaise, la culture créole. Je ne crois pas que les immigrés seuls doivent apprendre la culture créole, la culture guyanaise telle qu’on la définit nous. Guyanais créole. Ne croyez-vous pas que les Guyanais devraient aller dans les différentes ethnies et apprendre aussi !  Car la Guyane de demain ce sont les petits enfants d’immigrés qui viennent avec tout un potentiel de culture ancestrale, apprise de leurs parents, dont ils ne pourront jamais faire abstraction.Iils ne pourront pas du jour au lendemain se dire guyanais, en oubliant qu’ils sont Haïtiens qu’ils mangent plus souvent du maïs que du riz, etc.. »
  • « La société créole est complexe et elle est composée de différents groupes culturels. Il y a ceux qui se disent d’origine guyanaise, pur sang, mais il y a aussi tout l’apport de la société créole antillaise et là il y a une très grande diversité. On trouve les Martiniquais les Guadeloupéens qui prétendent eux aussi avoir leur ethnicité. Nous avons également les Anglais, anglophones, pour ne parler que de celles-là !
  • En dehors de tout cela, nous avons les populations qui sont arrivées notamment ces dernières années, en particulier les Haïtiens. La Guyane est composée de toute une série de microgroupes, sociocultures en elle-même…

“Le modèle en Guyane est de toute une série de micros-groupes ethniques, cela se rapproche de ce qu’était l’Afrique avant la colonisation…

  • Chaque groupe a son projet et il n’est pas certain que tous ces groupes se rejoignent sur ce terme de la Guyanité.”
  • “ Césaire disait que la Martinique, la Guadeloupe ont réalisé un peu leur chimie sur le plan humain, surtout à cause de la présence, de groupes assez homogènes. En ce qui concerne le Guyane, il faut dire que nous avons un certain nombre de groupes qui cohabitent et entre ces différents groupes les relations ne sont pas évidentes.”
  • “Si vous interrogez par exemple un Guyanais en lui demandant ‘Voilà, vous êtes guyanais, est-ce que le Martiniquais ou le Guadeloupéen vous le considérez comme étant de la même ethnicité ?’ Il vous dira que non”
  • Il y a un autre espace qui est important. Le problème c’est que du côté guyanais, il y a cet espace créole qui est extrêmement important comme par exemple, le monde de la représentation de la pharmacopée créole et il y a un certain nombre de points communs. Le Haïtien sera considéré comme un omnipraticien et il va lui faire confiance !
  • “Notre histoire a connu tellement de conjonctures différentes qu’actuellement au fur et à mesure qu’un équilibre semble s’établir, au fond nous passons à une autre étape, à un autre déséquilibre. Si on regarde Cayenne, moi qui aie vécu à l’extérieur, je peux dire qu’actuellement Cayenne a le visage de la ville cosmopolite. C’est la ville ou on ne se retourne pas pour regarder l’autre. C’est la ville qui n’existait pas auparavant”.
  • On reconnaît assez généralement que les seuls à revendiquer la Guyanité, ce sont les créoles. Quand l’on parle de Guyanité dans le secteur politique, on s’aperçoit très souvent que ce sont des hommes politiques créoles. Il y a une multiplicité d’ethnicités, mais au quotidien, je crois que l’on se dirige au plan linguistique à une certaine cohésion. Le travail est assez lent, mais il est tout à fait récent. Il y a une évolution en regard de l’isolement de chacun des groupes que l’on retrouvait anciennement.
  • Chez le commerçant chinois et syro-libanais, au moins sur les lieux de leur commerce il se parlent en créole. C’est un fait évident qu’on observe depuis quelque temps et qui démontre une certaine évolution. À mon sens, une prise de conscience nationale, ou pas, au moins une certaine évolution. Il y a quand même des ponts qui se sont dressés entre les différentes ethnies. »
  • « Le problème tel que vu par les Guyanais est surtout celui de la migration. Les diverses vagues migratoires successives ont fait que l’immigration haïtienne, vu son nombre, a mis les nerfs des Guyanais à fleur de peau. Après les Hmongs, le Plan Vert et le projet de faire venir 50, 000 Français, etc. Le contexte de l’arrivée des Haïtiens n’était pas favorable. Quel que soit le groupe qui serait arrivé, je pense que le problème serait le même et l’attitude des Guyanais aussi d’ailleurs, il existe des tensions même dans le groupe des Antillais (Martiniquais, Guadeloupéens et Guyanais) et ce même dans le milieu intellectuel. Il y a quelque temps, on criait contre les Brésiliens et on projetait des stéréotypes négatifs comme prostituées et voleurs maintenant la condition des Haïtiens remplace la condition des Brésiliens d’il y a quelques années !
  • On oublie les Brésiliens maintenant et dans quelques années les Haïtiens seront oubliés jusqu’à ce qu’un nouveau groupe arrive. Je crois que la condition socio-économique est la plus importante, …
  • Dans ce contexte, l’immigration haïtienne pose le problème de la situation ces Guyanais au niveau politique.  Le problème national en Guyane est celui de l’autonomie. Il y a une peur de l’immigration haïtienne car tout le monde se demande pour qui les Haïtiens vont-ils voter advenant un référendum sur l’indépendance de la Guyane. Leurs votes iront-ils à la droite ou à la gauche ? Leur poids électoral sera-t-il déterminant ?
  • Dans le cas des Hmong leur orientation politique est déjà connue par les hommes politiques guyanais » 
  •  Ce qui pourrait accélérer le processus de diluer la peur du vote haïtien, ce serait l’arrivée d’un autre groupe. Actuellement, les Brésiliens font partie de la famille guyanaise avec l’arrivée massive des Haïtiens. » (Une Guyanaise)

Les enjeux politiques

Les migrants sont l’objet de nombreuses analyses politiques .
Un politicien déclare.
  • « Les travailleurs haïtiens apportent une incontestable contribution à l’économie guyanaise, mais par l’exportation systématique vers Haïti de leur revenu, ils exercent une véritable ponction monétaire qui ne peut que porter préjudice au développement de la Guyane. » (S.P. dans F.G 18-5-86)
Le Conseil Général de Guyane voulait soumettre au premier ministre un projet de loi sur l’immigration. Des extraits du dossier de présentation aux conseillers ont été publié dans un journal (F.G. 3-6-83) dévoilent une certaine perception des immigrants haïtiens concernant les coûts en santé, l’habitat insalubre et la rivalité politique.
  • « Par ailleurs le fait que leur présence quotidienne en tout lieu est de nature a créer un certain malaise au sein de la population, ils représentent souvent à divers points de vue, une menace grave pour la collectivité ».
  • Ainsi, on pense que les Haïtiens ont tendance à « se replier sur eux-mêmes formant de véritables collectivités dans la collectivité» et que « certains d’entre eux, peut-être les plus instruits, peut-être ceux qui sont en règle, parviennent à manipuler facilement les autres et créer de véritables groupes de pression qui pourront à la longue être très dangereux en raison de l’accroissement continue du nombre .»

Une réflexion sur “Contrepoints guyanais

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