Marqueurs Identitaires et Stigmates Ethniques

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Un intellectuel haïtien met en évidence les oppositions conceptuelles fondamentales de la représentation des Haïtiens et les principaux marqueurs identitaires.
  • « Pour que l’on puisse reconnaître le Haïtien dans une foule, dans la rue, ça dépend. Généralement, la majorité des Haïtiens sont issus de milieu paysans et on les distingue par leur démarche, leur habillement, leur costume, leur mœurs, leur façon de parler etc. On les reconnait à cause de ça assez facilement. Mais cependant, si tu proviens d’un autre milieu, une autre entité, on s’étonne toujours du fait que je suis un Haïtien. On croyait d’emblée que je suis un Martiniquais ou un Guadeloupéen. Je crois qu’à partir du moment où on a un certain niveau de langage, un niveau de langage intellectuel, un certain contact avec “l’occidentalité et l’urbanité’, on ne vous perçoit pas comme un Haïtien. Cela d’autant plus si on maîtrise la langue française, là on n’est sûrement pas un Haïtien”
La perception que les Haïtiens se font de leur altérité résulte de l’effet miroir, ils redéfinissent l’image stéréotypée que certains Guyanais de leur milieu leur renvoie Ainsi, les principaux marqueurs identitairest font l’objet de commentaires haïtiens et même d’inversion symbolique.

Images : le créole haïtien

Le créole guyanais diffère du créole haïtien et cette altérité linguistique a servi pour marquer l’altérité sociale par l’utilisation de la différence phonétique des particules grammaticales “m’ap” et “mo”, la première étant utilisé par les Haïtiens, la seconde Guyanais. Ainsi, lorsqu’un Guyanais créole dit : “I ka pren mo pou oune map”, il utilise la particule “m’ap” comme référent ethnique des Haïtiens.
Ceux qui ont vécu depuis un certain temps en Guyane incorporent ces formes créoles guyanaises qui témoignent lors de séjours en Haïti de leur passage en Guyane.
  • “Je suis allé en Haïti au marché de poisson dans la zone de Port-au-Prince, ils ont reconnu que j’étais sorti de Guyane. Je ne sais pas si c’était à cause de ma façon de parler. Depuis que vous avez fait beaucoup de temps dehors, vous changez, mais tu réussis toujours a te faire comprendre, même si ça changé un peu”
  • “Tu ne distingues pas les gens les uns des autres (Haïtiens et ‘Saramaccas par exemple), car tu n’habites pas ici avec eux. De toute façon, leur façon de parler n’est pas la même. Mais si quelqu’un marche dans la rue : tu ne peux pas savoir. C’est surtout avec le langage. Même le créole guyanais n’est pas le même créole que l’Haïtien alors quand tu entends parler tu le sais. Même le créole haïtien a changé ici, car c’est le pays qui a fini par nous changer. Si nous arrivions en Haïti maintenant, les gens diraient : ‘Regardez le genre de créole qu’ils parlent’. Les gens le savent”

Image : les Habits haïtiens

La description vestimentaire des Haïtiens par les créoles guyanais réfère généralement au nouvel arrivant qui est censée porter un petit chapeau, des pantalons démodés, souvent à patte d’éléphant et une chemise cintrée hors des pantelons. Ce stéréotype est inversé par les Haïtiens
  • “Ce sont les Haïtiens qui ont montré aux Guyanais à s’habiller. Les haïtiens sont propres. Ils savent s’habiller selon les circonstances ce que les guyanais ne savaient pas faire avant que les haïtiens arrivent en Guyane”

Image : le vélo haïtien et la Suzuki haïtienne

Pour certaines personnes des classes populaire l’automobile demeure un symbole d’ascension sociale et l’une des images véhiculées sur les Haïtiens est que ceux-ci sont venus en Guyane pour apprendre à monter en vélo » dénotant ainsi leur marginalité par· rapport au modernisme et leur appartenance aux classe économiques inférieures.
Ce stéréotype est aussi parfois inversé par des Haïtiens qui produisent un anti-stéréotype.
  • « Les Haïtiens ne marchent jamais à pied, ils ont toujours soit une mobylette, soit une bicyclette. Suzuki est devenu synonyme de Haïtien. Les guyanais sont encore plus jaloux lorsque les haïtiens ont des voitures

Image : illettrés

  • « Ici on perçoit le Haïtien comme quelqu’un qui ne sait pas lire ni écrire. C’est l’image-type au travers de laquelle il est perçu. Il y a une bonne dose politique derrière cette attitude. Je ne sais… j’ai laissé Haïti depuis quelques années, mais je pense qu’on peut reconnaître un paysan d’un citadin, ce qui est grave c’est que les gens d’ici perçoivent Haïti à travers des paysans haïtiens qui sont ici. Ils se demandent même s’il existe une élite haïtienne ! Ils ne connaissent que la petite oligarchie des Bennet -Duvalier.
  • Il faut leur dire qu’en Haïti, il y a des universités, des médecins, des automobiles et même des routes et de l’électricité.

  • C’est bête mais ils perçoivent les Haïtiens ainsi. Il faut dire aussi que la classe politique d’ici a tout fait pour que l’image d’Haïti soit ternie et salie, et tout ça tout simplement pour entretenir le fait que l’Haïtien n’est rien de bon, n’a rien de bon. Qu’il faut rejeter l’Haïtien qui est un vaurien, la bête noire. Avant il n’y avait pas tous ces problèmes là mais il a fallu que la classe politique s’en charge, en fasse un thème électoral. Parce que ça rapporte lorsque l’on a un thème où presque tout le monde est d’accord, dire à haute voix ce que tout le monde pensait tout bas.

Image : bouc-émissaire électoral

  • On exploite le thème de l ’immigration depuis six ans toutes les campagnes électorales se sont faites sur l’immigration et plus particulièrement sur le dos des Haïtiens. Il a fallu que les associations interviennent a plusieurs niveaux pour arrêter ce genre de pratique. Malgré lorsqu’on en a besoin, on s’en sert.
  • Les hommes politiques doivent pour la plupart leur victoire ou leur échec à l’immigration haïtienne »
  • Dans un tel contexte l’intégration se fera difficilement mais de toute façon, moi Je ne suis pas pour l’intégration.Si je le pouvais, je ferais en sorte que toutes les Haïtiennes et tous les Haïtiens repartent de la Guyane. Je ne suis pas contre le fait qu’ils vivent à l’étranger, mais pas en Guyane.
C’est drôle et curieux, car moi je vis ici et j’ai épousé une Guyanaise et lorsque dans les milieux politiques, je défends la cause haïtienne, on me traite de traître car on me dit que je ne devrais pas épouser la cause haïtienne, ma femme étant Guyanaise et mes enfants guyanais.
  • C’est pour vous dire ce qu’on a fait du Haïtien ici, de son image. On veut que l’Haïtien soit un prolétaire, une bête de somme qui doit se taire et se terrer.
  • C’est certain qu’il y a ici une intelligentsia, des avocats, des médecins qui connaissent l`histoire haïtienne mais que voulez-vous, ici c’est un petit pays ou personne ne veut avoir d’histoires avec personne.Bien sûr, dans les milieux privés, on veut faire l’éloge du passé historique d’Haïti mais cela s’arrête là. La petite minorité qui a le courage de la dire, forcément, ne fera pas de politique. Et même ceux qui connaissent bien disent que les Haïtiens éduqués sont des exceptions, des extra-terrestres haïtiens. C’est pour ça que je suis amer. »
  • « Les Haïtiens en général pensent que la Guyane est française et que les Guyanais sont français et qu’ils vont le demeurer. Entre intellectuels nous pouvons faire des analyses raffinées, mais pour le Haïtien en général, c’est un problème entre des Guyanais français et des métropolitains français également donc ça ne le concerne pas. »
  • « Le candidat haïtien n’est pas pour tout de suite, il faudra attendre une vingtaine d’années. Nous avons des jeunes qui sont au secondaire et même en terminal. Ils ont maintenant 17-18 ans. Je pense que l’on finira par es admettre, car les Ste-Lucien sont passés par là. On a même maintenant le maire de Cayenne qui est fils de Ste-Lucien. La mentalité guyanaise aura peut-être changé entre-temps et on en aura fini avec le clivage avec les immigrants. Ce n’est pas impossible.En ce qui concerne la crainte du vote haïtien en haut lieu, je peux vous dire à la restriction d’accorder trop de naturalisation aux Haïtiens. Il ne faudrait pas qu’un jour tout bascule à cause du poids électoral des Haïtiens qui sont considérés comme un apport extérieur. En attendant les Haïtiens n’ont pas un poids réel en termes de vote. » (Un Haïtien)

Image : toujours esclave

  • « Les haïtiens n’ont aucun avenir en Guyane, le seul avenir qu’ils ont c’est dans l’exploitation. Ils veulent nous expulser mais les artisans ont besoin des Haïtiens d’autant plus qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent avec eux. Les Haïtiens sont rentrés ici comme esclave. En se sentant esclaves, alors ils nous reçoivent comme des esclaves. On est sorti d’Haïti comme des esclaves, on se comporte ici comme des esclaves donc ils nous reçoivent comme des esclaves.
  • Il faut revendiquer ses droits à un travail décent qui te donne accès à la sécurité sociale ou encore à des cartes de séjour.J’ai eu un jour une discussion franche avec un Guyanais,

Je lui ai demandé pourquoi il nous traite mal comme ça alors que nous sommes noirs tous les deux. Et aussi pourquoi il traite mieux les Surinamiens et les Guyana qui sont pourtant noirs eux aussi.

  • Alors il me répond que c’est parce que ce sont ses voisins. Dans un sens, il avait raison car c’est comme les Haïtiens en République Dominicaine, ils peuvent toujours s’ils sont mal traités revenir en force pour se venger. Les Surinamiens et les Brésiliens peuvent faire ça eux aussi. Nous, nous sommes voisins avec Miami et Cuba

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