Une perspective du Québec, mais pas seulement.

L’intention de ce blogue est de raconter ma trajectoire en anthropologie à partir de mon poste d’observation du Québec au Canada.

Ce n’est pas tant de moi qu’il sera question, mais surtout des témoignages que des personnes d’expérience culturelle variée m’ont confiés en m’instruisant de leur monde.

J’ai pu accéder à toute cette richesse culturelle en tant qu’anthropologue de terrain, c’est-à-dire en résidant sur place pendant plusieurs mois et en me documentant le maximum possible sur l’histoire culturelle locale.

Ces documents ( sons , images, textes) , généralement inédits et collectionnés sur plus de 50 ans, je les ai écrits ou réécrits pour ce blog. Ils abordent toutes sortes de sujets qui, je l’espère, contribueront aux archives des groupes de personnes oubliés par l’Histoire culturelle et surtout , pour leurs enfants.

J’ai commencé ce projet en  2017 alors que j’ai découvert en recherchant  le nom Piti sur Facebook. J’ai été surpris de voir une page intitulée Pitiland où on vendait des perruques pour femmes. J’avais déjà visité cette petite localité africaine du Nigeria  central lors de ma recherche de doctorat.

J’ai découvert que ces «Piti» s’interrogeaient sur leur langue maternelle et leur histoire culturelle alors qu’ils étaient en plein processus d’assimilation au christianisme et à la société complexe du Nigeria. On se plaignait de ne pas connaître l’histoire des ancêtres. Il y avait même un dessin de cochon et on demandait si quelqu’un connaissait le mot  en Abisi, leur langue originale.

Spontanément,  je m’en suis souvenu de l’«odwang» et l’ai communiqué.  Après m’être présenté, je me suis engagé à rédiger ce que j’avais appris lors d’une année passée chez eux en 1973 pour mon étude de terrain pour mon doctorat.  La publication sur Facebook de quelques centaines de pages de texte accessibles en anglais a été appréciée des jeunes gens qui y ont eu accès. Certains, probablement à cause de mes 75 ans, me traitant, à mon grand plaisir, de réincarnation ancestrale.

C’est pourquoi je me suis dit que ma trajectoire anthropologique pouvait également intéresser des personnes à la recherche de quelques repères historiques inédits appris lors de certaines de mes recherches .

Modestement, j’espère que ces textes sans prétention leur seront utiles. Je ne suis pas écrivain, personne ne m’édite et j’utilise des québécismes d’usage. Votre indulgence sera appréciée.

De la biologie à l’anthropologie en passant par la Guyane

Après le premier cycle de biologie, je suis parti en 1965 visiter des pêcheurs Inuits dans le but d’étudier les migrations de l’Omble arctique de la rivière Kosoak, envisageant d’en faire une maîtrise. Les circonstances ont fait que j’ai abouti sur l’île Akpatok dans le détroit d’Hudson où j’ai été confronté aux chasseurs de morses en tant que collectionneur d’insectes ! ( voir  Initiation Inuit: l’entomologiste et le chasseur de phoques)

La Guyane est apparue sur mon radar la première fois en 1964 alors que j’étais étudiant en biologie. Influencé par des professeurs héroïques ( Paul Pirlot 1969, Le pays entre l’eau et le feu, et autres beautés de l’Afrique récits congolais. : Beauchemin (Montréal)) voir aussi http://www.archiv.umontreal.ca/P0000/P0225.html) et des lectures comme Alain Gheerbrant L’Expédition Orénoque-Amazone (1952), j’ai participé à une expédition organisée avec des amis de biologie à travers les Amériques qui devait relier le Venezuela à la Guyane française.

Motivé par la science de l’écologie, naissante à cette époque, nous voulions découvrir cet écosystème tropical si contrasté avec notre monde septentrional. Ce rêve qui ne fut pas achevé,  mais nous a conduits jusqu’au Venezuela, chez les «Bari», des Amérindiens de la Sierra Perija . ( voir  «Missionnaire et explorateur»)

M’intéressant à la génétique humaine, j’ai rencontré le professeur Jean Benoist, médecin et anthropologue à l’Université de Montréal, spécialiste des Antilles avec lequel je me suis inscrit en anthropologie. Dr Benoist avait organisé un vaste projet de recherches pour former toute une cohorte d’étudiants à l’anthropologie.

Profitant de cette chance, j’ai pu enfin me rendre en Guyane (le seul jeune chercheur parmi les étudiants qui sont tous allés dans les îles ) en 1968.

http://classiques.uqac.ca/contemporains/benoist_jean/benoist_jean.html

(histoire de l’Ant à Montréal http://www.anthro.umontreal.ca/academique/histoire.html

Mon intérêt pour la Guyane ne répond à aucune nécessité déterminante ni à aucune tradition coloniale, ce fut un rêve de jeunesse, celui de sortir de mon carcan culturel. Ce rêve fut celui d’une génération propulsée par ce qui fut appelé la «Révolution tranquille» du Québec.

Cette révolution culturelle a remis en question l’état des lieux par une modernisation rapide : le développement de l’intervention de l’état (nationalisation de l’hydroélectricité), de l’éducation publique (je fus l’un des bénéficiaires et je pus améliorer ma condition sociale en devenant biologiste puis anthropologue, une toute nouvelle discipline), de l’ouverture sur le monde en désaxant le pivot du catholicisme local et sa vision du monde limitée et rigide.

L’anthropologie fut implantée dans les années soixante à Montréal par une alliance entre des chercheurs québécois et français dont Guy Dubreuil et Jean Benoist qui , avec d’autres collègues,  nous ont proposé de nouvelles valeurs sociales.

L’anthropologie offrait une ouverture sur le monde pour une jeunesse en quête de sens. L’anthropologie désirant comprendre ce qui est fondamentalement humain sur l’arrière-plan de la diversité culturelle et échanger à propos des possibles comparaisons de leurs significations.

Nous apprenions l’évolution biologique humaine comme alternative à la fable d’Adam et Ève, nous prenions conscience des peuples amérindiens vivant avec nous sur le même territoire et qui étaient traités de sauvages (image coloniale des « Indiens » de l’ histoire du Canada). Nous avons découvert  l’existence de problématiques sociales et culturelles comparables à la recherche de l’émancipation québécoise  dont les Antilles furent un point de repère essentiel.

Le défi cette approche anthropologique est à la fois méthodologique et psychologique.

Tout bon étudiant.tes peut apprendre des langues, même et maîtriser des techniques d’enquête et d’analyse et, avec un peu d’imagination et de culture générale et scientifique, proposer des explications intéressantes.

Cependant,  le défi qui demeure  est de s’élever au-dessus de notre nombrilisme spontané , notre ethnocentrisme. Développer des attitudes nouvelles devant la diversité humaine, et relativiser ses valeurs pour voir le monde du point de vue des autres. C’est ce que la Guyane a fait pour moi.

Lors de mon premier séjour en Guyane en 1968, j’ai eu le privilège de rencontrer des résidents javanais de Sinnamary où  j’ai séjourné quelques mois. J’ai rédigé une thèse de maîtrise sur leur histoire culturelle dont j’ai fait le récit, accessible sur ce blogue et sur Facebook. ( Voir Papa Chef et les Javanais de Guyane française)

Ce fut l’occasion d’une expérience personnelle importante dans la mesure où j’ai été profondément influencé par les questions philosophiques du «javanisme» , cœur de la culture locale du groupe. Cela  m’a entraîné plus tard en Inde et en Indonésie, mais c’est en Afrique finalement que j’ai  poursuivi mes études. Encore ici, ce choix a été partiellement motivé par l’Histoire de la Guyane et ses  racines africaines.

L’ histoire culturelle des Abisi est liée à la problématique des femmes avec plusieurs maris et qui se retrouve au centre de leur économie sociale. (Voir Children of the Hill ou les Abisi-Piti du Nigéria ).

Retour en Guyane.

Devenu professeur en Anthropologie à l’Université Laval, j’ai pu obtenir de l’aide financière pour la formation de jeunes chercheurs désirant participer à un nouveau projet de recherche en Guyane.

Le principal sujet fut l’immigration haïtienne en Guyane. Des milliers d’immigrants clandestins arrivèrent en Guyane entre 1980 et 90. La question de leur intégration posait des problèmes vitaux aux haïtiens. Le chapitre «Témoignage d’Haïtiens et d’Haïtiennes» présente des récits de la migrations clandestine, des relations femmes -hommes et les représentations mutuelles des Haïtiens, Guyanais et Métro ( les français de France ).

Un autre chapitre porte sur une application anthropologique pour une commandite amérindienne. De jeunes amérindiens de culture Kali’na m’ont demandé de faire une étude rapide de la représentation des amérindiens en Guyane devant l’urgence d’une élection où se présentaient des candidats. Cette recherche appliquée m’a amené à approfondir quelques questions de l’identité amérindienne et du rôle du chamanisme dans cette construction. (Voir Identité Kali’na)

Quelques autres thèmes seront abordés

Les Saramacca de Kourou: descendant d’Africains évadés de l’esclavage dans quartier marginal.

Le Centre Spatial Guyanais: esquisse d’une culture d’ entreprise industrielle

Et ailleurs :

Une anthropologie industrielle à Québec, le cas de la «diélésisation»  vue par des cheminots.

Société et culture à Tanger au Maroc


Ma trajectoire n’a de particulier que mon appétit pour la diversité humaine et les nombreux chemins de travers que j’ai emprunté. Pour mes jeunes lecteurs comme pour les étudiants et étudiantes que j’ai rencontrés, j’espère que tous mes rêves échoués les inspireront à maintenir le cap, car, au-delà de tout détour la vie continue.

 

 

 

 

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