36 Départs et Expulsions

Les départs volontaires

“Pour la Guyane, nous sommes à un tournant… à cause du tournant de la politique intérieure française… Les Haïtiens ne rentrent plus et au contraire. ils partent… Si l’on reprend les départs volontaires dans de bonnes conditions et s’il  n’y a pas de désordre en Haïti, on aura beaucoup de départs.”
Les départs volontaires s’organisent d’avance, les immigrants sans papiers se déclarent aux autorités comme étant disponibles pour retourner en Haïti et reçoivent la garanti de pouvoir séjourner sans ennuis pendant les quelques mois précédant leur voyage qui serait financer par l’État. Ces ententes ne sont toutefois pas très formelles et pas toujours respectées.
“Ceux qu’on ramasse comme ça et qui n’ont pas le billet de retour, c’est l’administration qui paye le passage, mais ceux qui se sont déjà présentés pour l’A.P.S. ont déjà le billet de retour ou encore ont versé la caution de 3 460 F. Dans ce sens, c’est vrai qu’il y avait un piège, car auparavant,  lorsqu’on voulait se débarrasser de l’immigration clandestine, l’administration devait payer le billet de retour, mais depuis les mesures de régularisation plusieurs le possèdent. Au niveau de la Préfecture, ils ont été très malins car tout ça revient à l’avantage de la Préfecture.”»
Du côté du gouvernement, ils voudraient avoir l’assurance que la parole donnée sera respectée. Or, ce n’est pas le cas surtout lors des derniers voyages. Il était entendu oralement que tout Haïtien inscrit sur la liste avait trois mois de tranquillité. Normalement dans l’intervalle de temps, ils ne devaient pas être pris par les gendarmes et/ou la police et être expédié en Haïti. Malheureusement dans certains cas, heureusement isolés, mais il a suffi de quelques cas pour perdre la confiance de la population. Tu vois la police avait leurs noms automatiquement puisque c’était la garantie. Il y avait nom, date et lieu de naissance et numéro de passeport… il y avait le nom, mais pas l’adresse, car c’était toujours Cayenne comme domicile.
Les difficultés face au retour ne sont pas que psycho-sociologiques, elles sont aussi organisationnelles : que se passe-t-il lorsque les immigrants arrivent en Haïti. Qui s’en occupent, leur arrivent-ils des déboires ?
« Pour les départs volontaires, j’estime les retours entre 400 et 500. Le premier mois, je sais qu’il y en avait 99. Le programme (fut arrêté) parce qu’on voudrait savoir d’abord si ceux qui sont rentrés n’ont pas de graves problèmes de réinsertion. C’est le point numéro 1 car on ne peut pas renvoyer les gens chez eux s’ils tombent dons te famine et d’autres problèmes. D’autre part, je ne le regrette pas, car les événements en Haïti semblent se précipiter vers un retour à la dictature. Il faut donc être très prudent sur la question des retours. »
Je trouve les autorités françaises un peu durs dans leur façon de faire, car elles ne prennent pas en considération l’élément Haïti. Elles ne regardent que la politique française sans se soucier que ces gens-là vont mourir qui vont se retrouver dans un pays qui est à feu et à sang. »
« Le service qui accueille les Haïtiens à l’arrivée, c’est le Service Œcuménique d’Entraide…
Ce service regroupe les services catholiques et protestants… Ils sont à l’aéroport mais même là, il y a des problèmes... Sur la fin des voyages, nous avons reçus des plaintes de certains Haïtiens qui ce sont dévaliser par des types qui travaillaient sur le sommet des autobus qui ramenaient les gens chez eux... ceux qui sont perchés sur les “tap-tap”… il semble que pour donner suite à mon intervention et à mon contact avec le frère… que la police a fait enquête et que les responsables ont été arrêtés. Ils étaient trois types. Tu vois c’est une grosse responsabilité ! »

Expulsions

Le retour des immigrants illégaux est en fait involontaire. Les expulsions légales qu’on appelle aussi les « reconduites à la frontière » sont justifiées en disant qu’il y a «urgence» de régler le problème posé par le grand nombre d’immigrants illégaux.
Cette «urgence» s’étale dans les journaux.

« Immigration sauvage et Délinquance : un problème grave pour la Guyane », F. G. (23-3-84).

«On assimile les illégaux aux criminels quand on décrit la nécessité d’expulser les délinquants étrangers, même si ceux-ci ne comptent que très peu d’Haïtiens mais qui sont recensés dans les statistiques mettant en valeur l’efficacité des services policiers concernés. Ainsi, en 1984, les Haïtiens expulsés comptaient alors pour 15,5 % des expulsions dont la majorité (7) des 188 cas, le furent pour entrée irrégulière, 8 % pour atteinte à l’ordre publique et 19 % pour diverse autres infractions non décrites (En Janvier 1987, 40 Haïtiens repartent par semaines).
Théoriquement, il y a 18 expulsions par semaine (en 1987), mais durant l’été Air France se fait prier, car ses avions sont pleins. Je pense que matériellement, il est difficile d’expulser plus de 1 000 personnes par an.
A moins qu’ils prennent des charters mais ça c’est délicat politiquement car c’est très voyant. Ils sont très nerveux sur cette question. Il y a un policier qui a arraché l’appareil photo d’un collègue à moi qui prenait des photos innocentes. Ils n’étaient tout de même pas en train de battre des gens »
Parmi les causes d’expulsion figurent des arrestations, des dénonciations de la part de citoyens, mais aussi de départs volontaires qui veulent profiter de l’Aide de l’État.
« Il y a des gens qui vendent de faux permis de séjours et qui dénoncent les autres à la police. »
« Une guyanaise avait un haïtien pour concubin. Il travaille sur son abattis, mais après une dispute elle le fait expulser par la police. Il s’installe plus loin, elle le fait expulser de nouveau. La police l’amène en prison là ils lui font laver les voitures. L’Haïtien avait son permis de séjours et on l’a expulsé de Guyane »
« Il y a des gens qui se sont présentés d’eux-mêmes à la Préfecture pour être expulsés et on leur a dit de « rentrer chez eux… Ça c’était des petits malins, des gens qui ne travaillaient pas ou qui encore en avaient marre, car ils pensaient trouver le ciel et la terre, mais ils végétaient».
«Il y en a même un vieux qui lorsqu’il voyait le car arrêter et que l’on ramassait des Haïtiens est monté dans le car et a déclaré : « Ça y ait, je m’en vais ! »
« Il y avait un groupe de jeunes Haïtiens en train de jouer. Quand ils ont vu les policiers, comme de raison étant donné la situation des Haïtiens ici, les gens ont fui. Là, un policier a tiré et a blessé un haïtien. Ils ont ramassé ce type, ils ont entrepris des démarches avec Air France pour expédier le Haïtien blessé comme il était. Si Air France avait été d’accord, nous n’aurions jamais entendu parler de cette affaire.»
“Nous sommes arrivés en 84′, à l’époque difficile. En 82′, si tu n’avais pas tous les papiers, ils te donnaient plus facilement le permis de séjour de 3 mois, sans trop de questions. En 84′, nous voyions tous les jours des policiers qui ramassaient des Haïtiens. On croisait souvent la police dans les rues, mais par chance, comme ils ne connaissent pas toujours qui tu es, nous ne nous sommes pas fait arrêter. J’ai même fait un boulot pour un mois chez un policier et il ne m’a pas embêté. Il nous a même protégé une fois, il nous a couvert en disant aux autres policiers qui nous avait arrêtés qu’il nous connaissait. Il est très gentil et il n’avait de toute façon pas le choix, car nous aurions pu dénoncer le fait qu’il engageait des clandestins pour travailler chez lui !”
Les travailleurs irréguliers qui ne peuvent prouver qu’ils ont un travail fixe déclaré officiellement par un patron peuvent être expulsés dans les 48 heures
“Mon patron avait un travail pour nous qui nous obligeait à passer par là chaque matin et nous passions avec lui. Un bon matin, ils nous arrêtent et demandent nos papiers. Ils voulaient nous arrêter. C’est le patron qui a menti en disant que tous nos papiers étaient partis pour la France. Aussi comme il avait des relations, ils nous ont laissé partir. Évidemment, tout cela était faux, car il ne nous avait jamais déclaré.”

Étapes de l’expulsion

La procédure d’expulsion comprend diverses étapes (F.G. 16-1-87) : 1)
1) En 48 heures les autorités doivent réserver l’avion dont le plan de vol doit être déposé plusieurs jours d’avance.
2) Il y a enquêté sur la situation administrative du ressortissant
3) Dans chaque cas, il y a arrêté d’expulsion
4) On raccompagne l’expulsé chez lui, récupérer ses affaires et vendre ce qui dépasse le maximum de 20 kilos récupérer ses salaires et les dépôts bancaires ».
« Mon copain qui n’avait pas assez de piston pour se faire embaucher fut pris à la porte de sortie du magasin lorsqu’il était sur la rue. Ils l’ont interpellé et ils lui ont demandé ses papiers mais il n’en avait pas. Pourquoi n’avait-il pas été s’inscrire à la Préfecture en 82′ comme on le demandait ? Tout simplement parce qu’il n’avait pas confiance et que de la façon dont cela s’est fait. il y avait trop de monde et les fonctionnaires étaient impolis. On l’a donc ramassé et on lui a dit qu’on va l’expulser. On l’a ramené ici, il a pris son passeport et on l’a amené pour réserver sa place à Air France Il leur a demandé de lui faire une faveur, car il n’a pas d’argent. Il voulait revenir à 30 pièce” (Une maison de chambre) pour pouvoir emprunter un peu d’argent pour entrer en Haïti. Il y avait une dame, qui avait souvent 5 gourdes chez elle, mais malheureusement, elle n’en avait presque plus, car elle venait de faire un transfert d’argent vers Haïti. Un autre copain de l’association donne 250F, un autre 100 F, la grosse dame 50F, etc. il est donc parti d’ici avec plus de 500 F. Je n’étais pas au courant, mais je suis content de savoir que les autres l’on aidé, je me suis senti fier. J’ai réfléchi et j’ai vu que les gens d’ici n’avaient pas de respect. N’importe quel policier peut expulser n’importe qui. Ceci c’est depuis l’arrivée au pouvoir de Chirac. Il a donné l’ordre aux policiers. »
« Ce n’est pas tout le temps que les gens donnent de l’argent pour aider quelqu’un qui va se faire expulser, car ça dépend de comment tu te fais arrêter, de la façon dont ils te prennent. S’ils t’arrêtent et que tu te sauves, ils ne seront pas gentils du tout. Même une fois, un gars s’est sauvé et on lui a tiré dans les jambes. Ils l’ont soigné un peu et ils l’ont expulsé ! Ce n’est pas toujours que tu peux revenir chez toi pour reprendre tes affaires. Ça dépend de la façon dont ils te prennent et aussi des policiers. Quand tu as la chance de revenir c’est seulement 10-15 minutes ici ou sinon tu fais savoir que tu as été arrêté. C’est soi à l’Hôtel de Police ou encore à l’aéroport que l’on peut te donner un peu d’argent ou encore ramener tes affaires. On peut aussi essayer de t’expédier tes affaires en Haïti. »
« Les gens peuvent être convoqués après neuf mois, mais quelques-uns jouent sur les deux tableaux. Ils se présentent à chaque convocation avec deux ou trois mois de retard, et c’est ainsi quelques mois de gagnés. Ils réussissent ainsi à prolonger leur permis jusqu’à un an comme ça ! Maintenant, on les convoque au lieu de les expulser comme ça, c’est plus humain et ça risque moins de faire du tort à la famille et aux enfants. De cette façon, l’individu sait à quoi s’attendre et il a le temps de vendre ses affaires, de préparer son voyage.Certaines autorités municipales nuancent ces activités judiciaires
« A Kourou, lorsque la police a voulu expulser des Haïtiens, le maire s’est interposé et à dit : “Ici, il n’y a pas de vagabonds, tout le monde travaille et laissez-les tranquille”.
Ici, à St-Laurent comme la police ne fait pas ça, on ne peut pas savoir ce que serait la réaction du maire, mais il est sympathique… »
Dans la région de St-Laurent, les expulsions peuvent se faire vers le Surinam, mais alors les conditions de l’expulsé sont beaucoup plus difficiles :« Ici à St-Laurent, s’ils expulsent un Haïtien, ils le renvoient au Surinam si celui-ci est passé par le fleuve. Si tu es passé par Rochambeau, ils t’expulsent en Haïti. Lorsqu’ils t’expédient au Surinam, il y en a qui reviennent le même après-midi.
Au Surinam, ils sont très durs lors expulsions. Ils t’enferment, ils te mettent les menottes jusqu’à ce qu’il y ait de la place sur l’avion. »
« Il faut constater que maintenant la tension contre les Haïtiens est moindre. Il y a six ans, c’était intenable, il fallait vraiment avoir un moral d’acier. Maintenant ça va d’autant qu’avec les événements survenus en Haïti en février 86′, il faut s’attendre à quelques centaines de départs, ce sera cependant une petite goutte d’eau. » (Un Haïtien)

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